Qui sommes-nous ?

"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org
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jeudi 14 mai 2015

La recherche des origines en Roumanie (ANPDEA)


Aspects juridiques et pratiques

Colloque du 5 mars 2015



Mme Popa et Mme Curelaru,
cadre administratif et juridique de l'
ANPDEA à Bucarest

Intervention de Mme Nicoleta CURELARU, coordinatrice du département juridique à l’Autorité Nationale pour la Protection des Droits de l’Enfant et l’Adoption (ANPDEA) qui appartient au Ministère du Travail, de la Famille, de la protection sociale et les personnes âgées roumaines. 

Lors des recherches de ses parents biologiques roumains, l'adopté d'origine roumaine aura affaire à ce service roumain. (cf. notre article sur les démarches).

Voici sa présentation lors du colloque :
"L’adoption aujourd’hui : regards croisés sur les pratiques françaises et roumaines" 
Celui-ci avait lieu le 5 mars 2015 à Brest à l'Institut pour le Travail Éducatif et Social (ITES) dans le cadre des forums de l'ITES.





La recherche des origines


Démarche difficile, la recherche des origines cherche à répondre à des questions dont les réponses s’inscrivent dans un besoin naturel, nécessaire et légitime de se construire afin de définir son identité. Ces démarches débutent à différents âges, mais plus généralement lorsque les personnes adoptées deviennent adultes ou parents, à leur tour.

Qui suis-je, en fait ? A qui je ressemble ?
D’où est-ce que je viens, de quel environnement et de quelle culture ?
Quelle a été la raison pour laquelle j’ai été donné à l'adoption ?

Si répondre à ces questions relève d'une longue démarche pour tout un chacun, cela s'avère, pour les personnes adoptées, un parcours plus compliqué, surtout lorsque cette recherche se confronte à un conflit d’intérêts sur le plan légal. En effet, si les adoptés estiment avoir le droit de connaître leurs origines, de l'autre côté la famille biologique a aussi le droit au respect de leur vie privée, notamment concernant les femmes qui ont abandonné leur enfant. 
Cependant la France et la Roumanie ont signés la Convention de la Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale or, cette convention reconnait le besoin de connaitre ses antécédents familiaux dans ses directives de protection des enfants. En effet le second point de l'article 30 fait clairement mention du devoir des Etats signataires à assurer l'accès de l'enfant ou de son représentant aux informations sur ses origines, notamment celles relatives à l'identité de sa mère et de son père biologiques : 

Article 30  

1. Les autorités compétentes d'un Etat contractant veillent à conserver les informations qu'elles détiennent sur les origines de l'enfant, notamment celles relatives à l'identité de sa mère et de son père, ainsi que les données sur le passé médical de l'enfant et de sa famille. 

2. Elles assurent l'accès de l'enfant ou de son représentant à ces informations, avec les conseils appropriés, dans la mesure permise par la loi de leur Etat. 


De plus la Convention sur les droits de l’enfant et la Convention Européenne en matière d’adoption d’enfants (révisée), adoptée à Strasbourg en novembre 2008, soulignent le besoin de l’enfant de connaître ses antécédents familiaux.
Les autorités roumaines reconnaissent l’importance de connaître son passé et le droit de l’enfant à connaître ses origines. Ainsi, dans le respect de la Convention, la Roumanie soutient depuis 2007 les personnes adoptées à obtenir des informations sur les membres de leur famille biologique ou à les contacter. L’activité est encadrée par des professionnels dans le domaine de l’adoption, dans le cadre de l’autorité centrale d’adoption, en collaboration avec les autorités locales du pays entier. Les dispositifs actuels cherchent encore à pallier au conflit d'intérêt entre ce "droit à savoir" et ce "droit de confidentialité", mais ils tentent de toujours assurer un équilibre entre les besoins et les droits de chaque partie impliquée : 

"Le service qui fournit les informations concernant le passé personnel des personnes adoptées et d’identification des personnes impliquées dans l’adoption est en développement et ajustement continuel. La question est règlementée par la Loi n° 273/2004 portant sur la procédure de l’adoption, republiée et par les dispositions légales spéciales visant la confidentialité des données à caractère personnel et le respect du droit à la vie privée et de famille".

Depuis 4 ans les demandes de recherche des origines des personnes adoptées ont augmentées. Au cours de la période 2009-2014, les demandes d'information suivaient généralement cet ordre :


    1. Contacter la mère biologique ;
    2. Contacter les parents biologiques;
    3. Contacter la famille biologique;
    4. Contacter les frères biologiques ;
    5. Contacter l’assistant maternel professionnel;
    6. Contacter les frères biologiques adoptés ;
    7. Contacter le père biologique;
    8. Visite au centre, à la maternité
    9. Infos généraux sur le dossier d’adoption (y inclus médicaux);
    10. Identité des parents biologiques;



                      Pourcentage des demandes faites par les adoptés selon l’objectif de leur démarche



                      Dans l'autre sens, les familles biologiques font aussi des demandes afin d'avoir des informations sur les enfants qui ont été adoptés. Ces requêtes consistent généralement à demander si l'adoption a été nationale ou internationale. Les autorités roumaines constatent à travers les demandes des différentes parties que la personne adoptée veut retrouver sa mère biologique alors que les demandes qui émanent des familles biologiques proviennent plus généralement des autres membres de la famille (oncle, tante, frère…) comme l'indique ce second graphique réalisé d'après le document donné par Mme CURELARU :



                      Pourcentage des cas selon la catégorie de demandeur


                      L’Autorité Nationale pour la Protection des Droits de l’Enfant et l’Adoption a analysé toutes les demandes reçues, et il en résulte que : 

                      • Le segment représentatif des demandes comprend les personnes adoptées à l’étranger âgées 18 - 28 ans, surtout des personnes nées entre les années 1991 - 2001, dates qui correspondent au augmentations significatives des adoptions internationales.
                      • La plupart des demandes a été adressée directement à l’Agence Nationale de Protection des Droits de l'Enfant et l'Adoption (A.N.P.D.E.A.) par les personnes adoptées à l’étranger ou par un intermédiaire. Cet intermédiaire peut être : des autorités centrales en matière d’adoption internationale de l’Etat d’accueil, des ambassades, des fondations avec attributions dans le domaine de la protection de l’enfant ou de l’adoption, un avocat, la Direction Générale d’Assistance Sociale et Protection de l’Enfant (D.G.A.S.P.C.). (Cf. notre article sur la recherche des origines III)

                      Mme CURELARU cite l'exemple d'une demande en partageant une lettre envoyée par une jeune fille adoptée en 1991 par une famille française. Marie, née en novembre, 1990 est entrée en contact avec le service à l’âge de 21 ans, quand elle est elle-même devenue mère.



                      Margareta,
                      L’histoire qui nous lie date de 20 ans. C’est après ces nombreuses années que j’essaie de te retrouver. Cette durée a permis que j’ai suffisamment de force pour venir vers toi, peut être connaitre un refus de ta part, ou bien peut être de connaitre des histoires douloureuses. Je pense que pendant toutes ces années, beaucoup de choses se sont passées dans ta vie et que je viens peut être réveiller des souvenirs compliqués. Pour cela, je suis désolée. Néanmoins, j’ai souhaité de puis longtemps revenir vers toi. Avant tout, tu dois savoir que je ne te juge pas pour ce que tu as dû faire. Aujourd’hui ma vie est belle parce que tu m’as donné la chance d’être adoptée et j’ai une famille très bien. On ne m’a jamais caché mon histoire. Maintenant je suis maman, j’aime beaucoup mon fils et j’aime beaucoup les enfants. Je travaille pour une institution pour des enfants en difficulté.
                      J’aimerais beaucoup en savoir un peu de plus. Principalement sur toi : Quel visage as-tu ? Est-ce que tu as fondé ta famille ?
                      Je n’ai pas de frère ou de soeur. Peut-être j’ai des demi-frères ou demi-soeur en Roumanie ? Ensuite, je me pose la question de « pourquoi » ? Pourquoi est-ce que tu as dû me confier à la crèche ? Mais cette question te rappelle surement des choses très compliquées. Un jour peut-être tu accepteras de m’en parler.
                      Tu peux me répondre en écrivant si tu le souhaites. Même si tu ne réponds pas a toutes mes questions. En espérant que la lecture de cette lettre n’était pas trop difficile, j’attends avec impatience ta réponse. Ci-joint tu trouves quelques photos de moi.
                      Marie

                      Apres l’avoir informée sur le désir de sa fille biologique de la contacter et après avoir reçu la lettre de Marie, sa mère biologique a été très émue et elle a consenti à porter une correspondance, puis à rencontrer sa fille. Voici sa réponse :

                      Chère Marie,

                      Je suis très heureuse d’avoir reçu ta lettre.
                      J’ai toujours pensé à toi et le fait que j’ai reçu des nouvelles de toi m’a fait pleurer de joie.
                      Marie, tu es grandie et tu es très belle grâce à tes parents qui t’ont élevé et éduqué avec dévouement.
                      Je te prie de me pardonner si tu peux ; ma situation matérielle est si précaire que tu n’aurais jamais bénéficié d’une si bonne éducation que tu as eu grâce à tes parents adoptifs. A présent, je suis mariée et mon marie connait l’histoire de ton adoption.
                      Je serais très heureuse de te rencontrer, ainsi que tes demi-frères Tibi et Zollti et ta demi-soeur Elisabeta.
                      Je remercie beaucoup tes parents adoptifs pour tout ce qu’ils ont fait pour toi ; que Dieu leur donne santé et joie.
                      Chère Marie, tu ressembles plus à ton père et à ta soeur.
                      Nous sommes heureux de savoir que tu aimes les bébés et les enfants et par cela tu nous as donné une leçon de vie.
                      Voici des photos de nous. Nous te souhaitons santé, joie et que tu sois très heureuse.

                      Affectueusement,

                      Ta mère


                      Sur 424 demandes formulées par les personnes adoptées à l’international, environ 59% des personnes adoptées à l’étranger ayant formulé de demandes ont été adoptées en France, aux Etats-Unis, à Malte et en l’Allemagne. 



                      Pourcentage des cas selon la catégorie de demandeur



                      103 demandes viennent de France ce qui représente 21% des demandes. Les autorités répondent aux demandent formulées par les enfants adoptés lorsqu’ils sont majeurs. Cependant, des exceptions sont prévues dans la procédure pour les demandes émanant d’une requête médicale.




                      Laura



                      Sources :

                      Document donné par Mme Nicoleta CURELARU et mis en ligne sur le site de ITES "Aspects juridiques et pratiques visant la recherche des origines en Roumanie, Brest 2015" :
                      http://www.ites-formation.com/conferences/291-ladoption-aujourdhui

                      L’Autorité Nationale pour la Protection des Droits de l’Enfant et l’Adoption (ANPDEA) correspond en roumain à Autoritatea Națională pentru Protecția Drepturilor Copilului și Adopție (ANPCA). Page correspondante en roumain ou anglais : http://www.copii.ro/activitate/adoptie/adoptie-internationala/

                      Compte rendu du colloque mis en ligne sur le site de Enfance et Famille d'adoption Finistère : http://efa29.jimdo.com/statistiques-et-rapports/

                      Texte de la Convention de la Haye disponible sur le site officiel.

                      Page du site du l'ONG internationale de parrainage d'enfants Humanium consacré à la Convention Internationale des Droits de l'Enfanthttp://www.humanium.org/fr/convention/

                      Convention européenne en matière d'adoption des enfants (révisée) :
                      http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/202.htm

                      La jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (C.E.D.H.) représente une aide importante pour les praticiens dans l’approche des demandes de connaissance des origines. Mme Nicoleta Curelaru donne l'exemple de l’affaire GODELLI c. Italie de septembre 2012 qui a permis de préciser la notion d'identité et de vie privée :

                      "La demandeuse, née en l’an 1943, a été abandonnée lors de sa naissance par sa mère naturelle. Ultérieurement elle a été institutionnalisée et adoptée par une famille de citoyens italiens en l’an 1949. A l’âge de 10 ans, après avoir découvert qu’elle avait été adoptée, elle a demandé à ses parents adoptifs des renseignements sur sa famille naturelle, mais elle n’a reçu aucune réponse. La demandeuse soupçonnait qu’une jeune fille de son village, née le même jour, aussi adoptée, était sa soeur jumelle. Les parents adoptifs des deux jeunes filles leur ont interdit toute interaction.En l’an 2006, elle a demandé des renseignements à cet égard, en s’adressant aux autorités italiennes. On lui a mis à disposition le certificat de naissance mais il n’indiquait pas le nom de sa mère biologique, parce qu’elle n’avait pas consenti à dévoiler son identité. La même année, la cour italienne compétente a rejeté la demande de madame Godelli d’avoir accès à ses origines, en argumentant qu’au moment de sa naissance, la mère biologique n’avait pas été d’accord pour dévoiler son identité.
                      Dans cette affaire, la C.E.D.H. a estimé que s’est produit une transgression de l’article 8 de la Convention. Ainsi, le droit de connaître sa propre identité biologique a été clarifiée comme une composante de la notion de la vie privée."

                      Pour plus d'informations sur l'Affaire GODELLI c. Italie, voici le lien sur le site HUDOC de la Cour Européenne des Droits de l'Homme : http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/pages/search.aspx?i=001-113332#{"itemid":["001-113332"]}



                      Iconographie :

                      Auteur [inconnu] : http://www.ites-formation.com/conferences/291-ladoption-aujourdhui

                      Graphiques réalisés à partir de "Aspects juridiques et pratiques visant la recherche des origines en Roumanie, Brest 2015" :  http://www.ites-formation.com/conferences/291-ladoption-aujourdhui

                      L’adoption aujourd’hui



                      Regards croisés sur les pratiques françaises et roumaines

                      Colloque du 5 mars 2015



                      Délégation française et Roumaine devant ITES en mars 2015


                      Le 5 mars 2015 avait lieu à Brest à l'Institut pour le Travail Éducatif et Social (ITES) dans le cadre des forums de l'ITES le colloque "L’adoption aujourd’hui : regards croisés sur les pratiques françaises et roumaines" en présence de nombreux professionnels français et roumain de l'adoption. Celui-ci avait pour objectif de pointer les progrès historiques réalisés dans chacun des deux pays, mais aussi de mettre en évidence les questions émergentes afin de mettre en perspective les projets.  

                      Intervenants Roumains :


                      • Dana MOLDOVAN, représentante du président de l’Autorité nationale pour la protection des droits de l’enfant et de l’adoption
                      • Petre DINICA, Directeur Général de l’assistance sociale et de la protection de l’enfance du Judetz de Constanta
                      • Nicoleta CURELARU, coordinatrice du département juridique à l’Autorité nationale pour la protection des Droits de l’enfant et l’Adoption, Bucarest 
                      • Tatiana POPA, coordinatrice du département d’adoptions à l’Autorité nationale pour la protection des Droits de l’Enfant et l’Adoption, Bucarest 
                      • Mihaela RISTEA, Directrice adjointe de la direction générale de l’assistance sociale et de la protection de l’enfance, Judetz de Constanta 
                      • Roxana ONEA, Responsable de l’évaluation des enfants avec handicap – DGASPC Constanta

                      Intervenants français :


                      • Marc LABBEY, Vice président du Conseil Général du Finistère, Président de la commission enfance-jeunesse- famille. 
                      • Yves DENECHERE, Professeur d’histoire contemporaine, Université d’Angers en Visio conférence.
                      • Anne FREMY, Responsable de l’unité d’adoption au Conseil général du Finistère 
                      • Olivier BOURGES, Chargé de l’adoption internationale au Conseil général du Finistère 
                      • Denise CARIOU, assistante de service social 
                      • Maryvonne DAGORN, assistante de service social Catherine HAGUET, Psychologue adoption
                      • Clotilde NICOLAS, recueillante 
                      • Lydie GERVAIS, Puéricultrice 
                      • Béatrice MEAR, Educatrice spécialisée 
                      • Catherine HAGUET, Psychologue adoption

                      Journée animée par Gilles ALLIERES


                      Programme



                      Introduction : ouverture de la journée avec M. Marc LABBEY, Mme Gabriela COMAN

                      I. L’adoption en Roumanie et en France : Définitions et grandes évolutions historiques


                      M. Petre DINICĂ

                      M. Yves DENECHERE (Intervention en visioconférence)

                      II. Le cadre juridique et administratif de l’adoption en Roumanie : Les types d’adoption, les critères d’adoptabilité, les conditions de l’agrément des candidats à l’adoption


                      Mme Mihaela RISTEA

                      Mme Nicoleta CURELARU : Aspects juridiques et pratiques visant la recherche des origines en Roumanie

                      Cf. notre article : La recherche des origines en Roumanie (ANPDEA)

                      Mme Tatiana POPA : Aspects juridiques de l’adoption internationale des enfants roumains

                      III. Le cadre juridique et administratif de l’adoption en France : L’instruction des demandes d’agrément, l’adoption plénière - l’adoption simple


                      M. Olivier BOURGES, Mme Anne FREMY, Denise CARIOU, 
                      Maryvonne DAGORN, Catherine HAGUET.

                      IV. L’adoption des pupilles de l’état : du recueil à l’adoption


                      Mme Anne FREMY, Clotilde NICOLAS, Lydie GERVAIS, 
                      Béatrice MEAR, Catherine HAGUET.

                      V. L’adoption internationale : le contexte et les grandes tendances


                      M. Olivier BOURGES

                      VI. La mise en oeuvre concrète de l’adoption en Roumanie


                      Mme Afrodita PRIMARU

                      Clôture de la journée par M. Petre DINICĂ




                       Programme du colloque
                      Document pdf consultable avec Adobe Reader 





                      Sources :

                      Résumé et nombreux documents powerpoint des intervenants : http://www.ites-formation.com/conferences/291-ladoption-aujourdhui

                      Texte de la Convention de la Haye disponible sur le site officiel.

                      Iconographie :
                      Auteur [inconnu] : http://www.ites-formation.com/conferences/291-ladoption-aujourdhui
                      Documents conçus et réalisés par Carole Ascoët - ITES

                      lundi 2 juin 2014

                      L’affaire des « bébés roumains »



                      Image extrait de Bucarest 1986-1988, poétique d’une histoire.





                      "L'affaire des bébés roumains" est nommée ainsi par la presse française au début des années quatre-vingt (notamment on retrouve ce titre dans le Quotidien de Paris, du 3 Juin 1983) et rend compte de la situation de blocage des adoptions d'enfants roumains en Roumanie par des adoptants internationaux au cours des années quatre-vingt jusqu'au début des années quatre-vingt dix

                      Cet article a été transféré sur le nouveau blog de l'Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.).


                      Pour lire la suite de l'article :


                      http://orphelinsderoumanie.org/affaire-des-bebes-roumains/



                      mercredi 21 mai 2014

                      Déracinés, ils plient, se soutiennent et se relèvent













                      Adoptés à l'âge de 8 ans sans le consentement de leur mère, Florentina et Florin, des jumeaux roumains, la retrouve à 22 ans. 




                      Nés en en Roumanie en 1990, Florentina et Florin passent leurs huit premières années à l'orphelinat de Bacau. 

                      En 1998, ils changent de pays, de famille, de langue et de repères. Ils changent aussi de prénom : Irène et Christophe, happés par l'élan de leur jeune âge, s'adaptent rapidement à leur nouvelle vie, du moins en surface. Car lorsque Irène regarde Christophe, c'est  Florin qu'elle voit et inversement.  

                      Ils ont en partage huit ans d'histoire semée de tragédies mais qui a été malgré tout fondatrice. 
                      huit ans aussi de soutien indéfectible l'un à l'autre. 

                      "En réalité on avaient du mal à s'adapter" [...] "On s'était senti comme arraché à notre mère [...]. . Je n'arrivais pas à me sentir à ma place dans cette famille" confie Christophe dans le reportage que leur a consacré en 2012, la chaîne de TV M6 pour l'émission "C'est ma vie" (1).  

                      "On a toujours voulu retrouver notre mère, c'était un rêve impossible, comment aurions-nous pu tant que nous étions enfants? On espérait toujours pouvoir le réaliser plus tard"  dit Irène qui est à présent une charmante jeune femme, à son tour mère de famille.  

                      Et déterminés, ces deux là le sont ! 

                      A l'adolescence, bien que parfaitement intégrés à la vie en France, le mal-être les gagne. Les relations avec les parents adoptifs deviennent conflictuelles. "Je ne voulais rien montrer de ma souffrance, je souriais comme si de rien n'était"  dit Irène. La seule personne avec qui elle peut se confier est un surveillant du collège. En cours elle lacère régulièrement son bras avec la pointe du compas. Christophe, "le dur au cœur tendre",  fugue.

                      Le jeune garçon n'a que 13 ans, quand il entreprend de partir en Roumanie à pieds depuis Le-Puy-En-Velay où il habite ! Avec pour tout bagage une carte et une boussole, Il réussira ainsi à parcourir tout seul 150 kilomètres. La mission était courageuse mais évidemment au-delà de ses forces, après Grenoble, il rebrousse chemin mais sans renoncer à son objectif. Sa mère, il la retrouvera ! 





                      En 2012, avec l’aide d’une étudiante roumaine, les jumeaux retrouvent l’adresse actuelle de leur mère. Irène écrit à ce propos : «Après 15 ans de séparation avec ma famille biologique, je les retrouve enfin par internet en 15 jours. Une expérience émouvante.» 
                      Ils avaient toutes ces années conservé une vieille photo où l’on voit une jeune femme les tenir dans ses bras avec à côté d’eux leur père et  leurs deux sœurs à peine plus âgées qu’eux.



                      Ils embarquent alors tous deux  pour la Roumanie,  emmenant avec eux le bébé d’Irène.

                      Ils découvrent leur histoire :

                      Quand ils sont nés leurs parents avaient déjà deux fillettes et ils étaient très pauvres. "Je n'avais pas de maison, avec les enfants on dormait dehors où l'on pouvait [...].  Puis ils sont tombés malades",  dit la maman dans le reportage de M6 (1). Elle a alors confié  les jumeaux aux services sociaux. "Ça m'arrachait le cœur de me séparer de vous"  leur dit-elle en pleurant.
                      Elle allait les voir deux ou trois fois par an et chaque fois c'était un déchirement. Leur père est décédé quand ils avaient 5 ans. Elle a alors dû quitter la région avec ses deux aînées et trouvé un travail à la ville comme cantonnière ce qui leur a permis de survivre. Les derniers temps, seul le grand-père maternel resté à Bacau rendait parfois visite aux  jumeaux..
                      Et puis il y a eu ce moment terrible quand le grand père lui a annoncé par téléphone  "les enfants ne sont plus à la casa de Copii!, ils ont été adoptés par des étrangers." 


                      nrld : Les adoptions sans le consentement des parents biologiques roumains n'étaient pas rares dans les années 1990 et  début des années 2000. Voir notre article (2).


                      "J'ai vécu toutes ces années avec un fardeau très lourd"  "une pierre sur mon âme".

                      Leur  mère biologique leur a demandé pardon
                      Elle a aussi retrouvé auprès d'eux son rôle de maman, apprenant à sa fille à confectionner un plat roumain, obligeant son fils à mettre son manteau alors qu'il était dehors par -4° entrain de préparer un barbecue.  

                      Irène et Christophe tenaient aussi retrouver la nourrice Tatiana, la seule qui leur avait apporté un peu de douceur maternelle dans l'univers froid et brutal de l'orphelinat. Cette dernière se souvenait encore d'eux et aussi du nom que lui donnait la petite Florentina : "maman 2"....  Ils ont chaudement   remercié cette bonne fée. 

                      Revoir l'orphelinat où ils ont passé les huit premières années de leur vie a fait resurgir des souvenirs douloureux mais qui désormais allaient pouvoir être rangés définitivement au rang de vieux souvenirs "digérés". Et Florin de conclure à propos de ce voyage, aussi désiré que redouté : "Mon cœur a été réhydraté!",  "j'ai l'impression d'avoir évacué tout mon mal-être". 
                      Retrouver ses racines lui aura permis dit-il "de ne pas inventer [sa] vie, de la vivre tout simplement".




                      Article rédigé par Nadine Delpech/Laura G..















                      (1) Documentaire réalisé par Éloïse Millet et diffusé en 2012 dans l'émission "C'est ma vie"  (vidéos en 3 parties)

                      (2) A propos des adoptions effectués sans le consentement des mères biologiques, voir notre article : sur ce blog à "Histoire des adoptés (2/2)".


                      L'article " Le Puy : adoptés contre le gré de leur mère", In Zoom d'ici, 22/07/2013, [en ligne],
                      http://www.zoomdici.fr/actualite/Le-Puy-adoptes-contre-le-gre-de-leur-mere-id131108.html

                      La page " Irène et Christophe", In "C'est ma vie", émission dde la chaine télé M6 [en ligne],
                      http://www.m6.fr/emission-c_est_ma_vie/candidat/irene_et_christophe-7282/#ixzz30RNJi3fp

                      La page Facebook "C'est ma vie Irene-Christophe gaucher" dédiée au reportage :

                      https://www.facebook.com/CestMaVieIreneChristopheGaucher?fref=ts

                      iconographie :

                      [en ligne] http://www.zoomdici.fr/actualite/Le-Puy-adoptes-contre-le-gre-de-leur-mere-id131108.html?#

                      Numéro de référence à l'inathèque : 4677832.001