Qui sommes-nous ?

"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org

mardi 22 juillet 2014

Florina : "J'ai retrouvé mes parents biologiques en France dans un camp de Roms !"



Le samedi 12 Juillet 2014 Florina une jeune Française de 20 ans , rencontrait pour la première fois ses parents biologiques dans un campement de Roms près de Paris.
 Grâce aux numéros de téléphone que m'avait donné sa grande soeur retrouvée en Roumanie, elle avait pu, huit jours avant,  les contacter. Elle leur avait envoyé un SMS auquel ils n'avaient pas répondu et elle n'avait pas osé  les relancer de crainte d'être éconduite.
  Entre temps la grande soeur  leur avait téléphoné depuis la Roumanie pour leur annoncer l'incroyable nouvelle : l'enfant qu'ils avaient donné   à un orphelinat et dont ils n'avaient plus jamais eu de nouvelles, se demandant toutes ses années si elle était toujours vivante, était "revenue" et elle allait les contacter !

Au cinquième soir, Florina avait reçu un appel. Au bout du fil, la voix  d'un homme mûr, une voix grave et éraillée, usée:  -  "Florina ?... Florina, je suis ton père..."
-    "Papa !"   avait-t-elle eu le temps de s'exclamer avant de fondre en larmes.

 Ils  s'étaient donnés rendez-vous à Paris pour le sur-lendemain.
Craignant que Florina ne se perde dans leur campement qui abrite pèle-méle plus de 300 familles Roms, ils   avaient proposé de la rejoindre devant une gare. C'est la mère et une de ses filles qui étaient venues la chercher. Florina était accompagnée de Sébastien,  son petit ami. Tous ensemble   se sont rendus en voiture "à la maison", un vieux mobil home surmonté d'un haut-vent où l'attendait,  bras ouverts, tout un comité d'accueil.

Il avait beaucoup plu et les allées entre les bicoques étaient transformées en bourbier. Qu'à cela ne tienne ! Florina, qui a grandi dans le confort, sait s'adapter. Elle avait prévu les grosses bottes !!

Florina et son papa adoptif

Le papa adoptif de Florina l'a beaucoup soutenue dans cette démarche. Il est  fier de sa petite princesse et heureux d'avoir contribué  avec son épouse, à faire d'elle une jeune femme libre, aimante et qui a le courage de ses convictions !
6 jours après la rencontre avec ses parents biologiques, Florina publiait la photo ci-contre sur sa page Facebook avec en légende : 
"Papa merci pour tout ce que tu m'as apporté, tu es vraiment Génial !" 

A l'heure où  tant de gens s'écartent du trottoir ou tournent la tête à la vue d'un Rom, Sébastien, lui, n'a pas craint de  l'accompagner dans un  camp de gitans. Chacun à su mettre l'autre à l'aise et, passé l'émotion de la rencontre et la présentation des 4  frères et sœurs plus jeunes, tous se sont mis allègrement à préparer un repas. Il n'y avait pas de champagne ni de porcelaine mais ce jour là, la nourriture avait le goût du bonheur. Au moment de partir, la famille leur a offert de modestes cadeaux.






En rentrant, Florina écrira sur page  fancebook :
 "Jounée inoubliable! plein d'émotions... C'était juste parfait. Heureuse!

Florina et Sébastien


Florina nous raconte son parcours  :

J'ai été placée à l'orphelinat à l'âge de 2 mois et adoptée à 5 ans,  en 1999, par une famille française. je souffrais d'une malformation aux pieds qui m'empêchait de marcher et, en France, c'est dans  un petit fauteuil roulant que j'ai effectué  mes premiers mois à l'école maternelle.   Puis j'ai bénéficié d'un opération qui m'a permis de marcher, courir et même danser ce qui est une de mes passions !

 Du fait de ma couleur de peau mes parents adoptifs m'avaient très tôt révélés mes origines rom  sans manifester de gêne vis à vis  de cela.  Je trouvais naturel   que des parents dans une grande précarité, peu importe leurs origines, décident de donner un de leurs enfants à un couple qui ne pouvaient pas en avoir et qui vivait dans de meilleures conditions.  Donc dans mon esprit  Je n'avais pas été abandonnée par désamour mais donnée  faute de pouvoir me garder. Mes parents adoptifs  m'ont permis de ne pas développer de rancœur ou de honte vis-à-vis de mes premiers parents. 

 Par contre  je  n'ai jamais compris  ce qui pouvait empêcher les seconds parents de permettre à leur enfant de maintenir un lien, même très distant avec les premiers  parents. Comme échanger une photo une fois l'an.  Je sentais que le sujet était tabou.

Puis les choses se sont gâtées à l'adolescence.  Maman étant de nature à   s'emporter facilement, dans ces moments là elle ne maîtrisait pas toujours ses propos.  Je crois que ses mots dépassaient parfois sa pensée mais sur le moment c'était pour moi un douloureux signe de rejet. Je culpabilisais de ne pas être à la hauteur de ses attentes, je me sentais être comme un boulet et ça ne m'aidait pas, j'étais mal dans ma peau.  Je comprends à présent que ce n'est n'est pas toujours  facile   d'élever un enfant  surtout si à côté de ça on  a aussi  des soucis  de  travail, de couple ou tout simplement qu'on n'a peut-être pas sois-même résolu ses propres difficultés existentielles . Je reconnais que  je n'étais pas non plus l'adolescente  de rêve qui passe son temps à bûcher et qui range tous les matins  sa chambre!  Par chance, papa  savait mieux m'encourager et me rassurer.
J'avais toujours eu le secret désir de connaitre mes parents biologiques. Non  pour revenir vivre avec eux car je suis très attachée à mes seconds parents, mais dans mon cœur il restait  une place vide, un mal-être qui grandissait, dû à l'absence de racines et à milles questions qui restaient sans réponse.

 Le fait d'être d'origine roumaine et, qui plus est, tzigane, ne m'a jamais posé problème. Je suis typée rom et ça ne m'a  jamais empêché d'avoir des amis.  Personne n'a jamais tenu de propos racistes à mon égard alors que certains parfois en tenaient à propos des roms en général...
C'est vrai que quand j'entendais aux infos des histoires de vols de métaux par des roms, je n'étais pas très fière.   Étrangement, quand   10 000 euros de métaux étaient   volés cela me marquait davantage que quand un homme politique détourne 1 000 000 d'euros....

Il y a 2 ans,  en cherchant sur internet, j'avais trouvé une discussion où un adopté roumain   demandait des conseils à une dame.  Craignant d’offenser mes parents  s'ils voyaient que je recherchais mes origines, J'avais alors envoyé un mail privé  à cette dame. Ce n'est qu'1 an  plus tard qu'elle s'est aperçue  par hasard qu'elle n'avait jamais ouvert ce vieux message. Elle a voulu alors me répondre mais entre-temps,  j'avais changé   d'adresse de messagerie.  Elle m'a  retrouvée sur facebook et nous avons pu ainsi discuter. Cette personne, c'était Nadine qui  venait juste de créer avec Laura le site lesadoptésderoumanie.weebly.com où je me suis aussitôt inscrite.  Quelques jours après  Nadine  m'appelait pour m'indiquer qu'elle venait de trouver une piste :
Un journaliste anglais  s'était rendu dans un village en Roumanie où il avait interviewé au hasard un couple de roms à propos des expulsions   en France sous la présidence de Sarkosi.
 L'homme et la femme portaient chacun les mêmes prénoms et noms que mes parents !!!
Leur  village se trouvait juste à une dizaine de kilomètres de mon lieu  de naissance !!!

Entre temps, mon père  m'avait apporté la plus belle preuve d'amour en m'encourageant à rechercher mes parents biologiques. 

Nadine devant partir en Roumanie, je lui ai envoyé des photos de moi  pour le cas où elle réussirais à trouver mes parents ou des personnes qui les connaîtraient.





Nadine, mes recherches en Roumanie :

Je crois que, concernant Florina  tout  a conspiré   pour que ses parents et elle se retrouvent !   Je n'ai été qu'un  maillon dans  un enchaînement  de circonstances favorables à  des retrouvailles.
Je tiens   à remercier mon compagnon qui a été partie prenante   pour profiter de ce voyage touristique en Roumanie pour remplir avec moi plusieurs missions dont celle confiée par Florina.

l'épicerie
Arrivés dans  ce village rom qui s’égrène le long d'une route tortueuse et peu fréquentée,   nous prétextons l'achat d'une bouteille d'eau pour aller demander à l'épicière  si elle connait la famille que nous cherchons.
 La méfiance se lit sur les visages que nous croisons ; jamais des "non roms" ne s'arrêtent dans les villages roms,   nous faisons figure d'extraterrestres.  Ne parlant pas le roumain, nous nous exprimons en espagnol, langue qu'un Rom sur cinq connait un peu pour   avoir effectué quelques séjours en Espagne pour des travaux saisonniers avant la crise économique.

 Hébétée par notre apparition, l'épicière reste sans voix. Par chance, un client arrive  qui parle espagnol. Pour le rassurer, nous lui expliquons les motifs de notre venue. Nous sortons   notre "laisser-passer" : une photo de Florina, jolie comme un cœur et typée rom. Evidemment ça marche ! Il    monte  dans notre voiture pour nous guider.


 Il s'avère que la famille de Florina est très connue.   Son oncle,  décédé il y a 3 mois était le représentant  de toute la communauté Rom  de la région.
 Nous nous enfonçons dans  les petites rues de terre battues où se concentrent des maisons disparates toutes inachevées. La population ici ne se compte pas en nombre de personnes mais en nombre de familles. il y en a 1500 qui ne sont pas toutes là en permanence. Chacun vaque  à ses petites occupations, l’atmosphère est paisible.

  On croise d'abord le fils du célèbre  oncle,  âgé d'une trentaine d'années.  Tout va très vite, le cousin, perplexe devant les rapides explications du guide nous invite spontanément  à nous installer sous l'auvent de sa maison et nous demande ce qu'on veut boire.  


 2 autres hommes venus de nulle part et qui semblent déjà au courant qu'une étrange  énigme est à résoudre se sont aussitôt  joint à eux .En moins de 3 minutes, sans que personne n'ai  bougé de place,  tasses remplies de café chaud, verres, bouteille d'eau minérale et de Fanta nous sont apportés par 3 jeunes personnes surgies  chacune d'un  endroit différent.   Les 4 hommes examinent toujours  les photos.Ils n'avaient jamais entendu parler de Florina  mais l'évidence est là  "cette fille est bien des leurs". Ils discutent  âprement sur qui peut bien être la mère et qui peut bien être le père.

  Averties par je ne sais qui,  3   femmes surgissent tandis que les hommes s'éclipsent comme devant l'apparition d'un chef, ou comme par pudeur vis à vis de quelque chose qui relève   d'une histoire de femmes. 


Devant moi, le sosie de Florina ! en plus plus âgée et plus corpulente. Je devine aussitôt à son regard pétillant qu'elle a déjà tout compris  et qu'elle est la grande sœur de Florina.  Ce que nos yeux expriment à cet instant c'est une immense joie et complicité, nous nous serrons dans les bras !
 "on s'est souvent demandé si elle était toujours vivante...me dit-elle avant d'ajouter "Mes parents sont actuellement en France avec ma  sœur et mes  3  frères dont 2 sont jumeaux!" .


Le guide, la tante et la sœur regardent  chacune 1 photo de Florina
A nos côtés,  toute de noir vêtue, un foulard  sur la tête, la veuve du charismatique oncle. Elle  incarne la tradition et l'autorité.  Le visage austère, buriné et ridé, elle parle  d'une voix forte et sèche. Un jeune garçon vient lui demander quelque chose, elle retire de sa poche une liasse de billets et lui en donne un en maugréant.
Méfiante , cette   tante   scrute à plusieurs reprises les photos comme pour chercher des preuves.
Puis je sens la femme forte défaillir, sans doute des souvenirs douloureux ont-ils refait surface, des souvenirs d'un temps difficile où tous crevaient de faim, des souvenirs honteux et culpabilisants auxquels il a bien fallu survivre en essayant d'oublier. Elle tient toujours la photo mais sa main à présent tremble. Le sourire de Florina sur la photo   semble lui dire   "tu sais je comprends,  je ne vous en veux pas, j'ai une autre famille que j'aime  mais j'ai aussi besoin de vous". La vieille dame  se met à fondre en larmes. Je perçois qu'elle est à la fois prise de remords, de honte et touchée par la démarche de cette petite  qu'ils avaient tous abandonnée et aussi par la jeune fille qu'elle est devenue.   Je la serre dans mes bras.
 Elle se ressaisit, essaye de me dire quelque chose comme pour se justifier. Elle montre ses jambes et pieds. Quelqu'un traduit : "c'est parce que Florina avait un handicap..."  Je comprends ce que ça signifie chez les gens misérables : aucune chance pour l'enfant de trouver un jour à se marier, une charge à vie pour la famille...   Soudain elle est traversée à nouveau d'un doute, elle me questionne en montrant ses jambes et pieds   "Elle veut savoir si Florina est handicapée ?"
 Je n'ai vu Florina que sur ses photos de facebook et sur celles qu'elle m'a envoyé.  Au téléphone elle m'avait dit pratiquer la danse Jazz.  Je réponds  "non elle n'a aucun handicap".
 La vieille dame ne me croit plus, elle insiste :  "mais si elle avait un handicap,  là !" et elle me montre toujours ses jambes et pieds.
 La soeur de Florina acquiesce, elle   dit qu'elle ne se souvient pas l'avoir vue  mais   que sa maman lui  avait parlé de cette petite sœur nommée Florina qu'elle avait dû donner à l'orphelinat parce que  née avec un handicap.
Au début de nos échanges, Florina avait vaguement évoqué un petit problème aux pieds, on avait enchaîné sur autre chose, puis j'étais parti 3 mois en Amérique du Sud et on n'en n'avait plus reparlé.
 Tous sont suspendus à ma réponse : "oui, oui elle a un problème aux pieds, mais ce n'est rien, elle marche normalement et même elle danse !"

La vieille dame ne semble pas croire cela possible, elle parle encore aux autres,  de plus en plus nombreux à s'être agglutinés autour de nous.   Puis elle me demande si Florina travaille " Oui oui,  elle travaille comme serveuse dans un restaurant " Tout le monde est soulagé :  "si Florina peut travailler,   c'est qu'en fin de compte sont handicap  devait être  réparable et que ses  parents adoptifs ont eu la bonté de  faire le nécessaire".

Je suis repartie avec les numéros de téléphone des parents de Florina et l'adresse   du campement où ils se trouvent.
Je me demandais comment une jeune  française qui n'a pas tout à fait 20 ans  allait réagir en apprenant que  ses parents   vivaient dans un campement de Roms.
Il faut beaucoup d'humilité, d'indépendance de pensée  et d'ouverture d'esprit pour assumer des origines tellement stigmatisées par l'opinion publique.
Superbement, Florina assume !

Florina est parfaitement lucide et, si elle ne porte aucun mauvais jugements sur ces parents biologiques elle ne les   idéalise pas pour autant.  Elle aime avant tout la famille qui l'a élevée et le pays où elle a grandi et puisé ses repères. Mais elle ne se sent pas non plus fondamentalement  étrangère à sa culture d'origine qu'elle veut  maintenant apprendre à connaître.
Pour elle, une boucle est   bouclée.   Elle se sent à présent riche de 2 familles de cultures totalement différentes et l'affection qu'elle porte aux uns, n'enlève rien à l'affection qu'elle porte aux autres. L'amour ne se divise pas, il se multiplie ! 

Florina se sent à présent allégée du poids qui la lestait, elle peut à présent regarder droit devant !

Elle formule encore un voeux :  Qu'un jour,  préjugés et  sentiments  de culpabilité soient dépassés et que ses 4 parents puissent enfin se connaître.


Nadine Delpech.