Qui sommes-nous ?

"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org

dimanche 23 novembre 2014

Hugues le roumain, "Ma mère adoptive avait eu le réflexe de demander son adresse à la femme qui venait de me donner la vie"






En France, à l'école il était toujours Hugues le roumain, le voleur suspect n° 1.

A l'âge de 8 ans, sa maman adoptive lui permet d'aller voir sa maman biologique.




Il connaissait une autre adoptée depuis toujours et ignorait qu'elle était sa sœur.

Pour le site " Les Enfants Adoptés de Roumanie" , il répond à nos questions.







L.e.a.d.R.  : Hugues, alors que beaucoup d'adoptés préfèrent rester discrets sur leur  origine roumaine, pourquoi toi, sur ta page Facebook, tu as choisi comme nom  : Hugues le Roumain

Hugues : A l'école, quand un objet disparaissait, les regards  se tournaient systématiquement vers moi. Le suspect n°1 c'était toujours, Hugues le Roumain ! 
J'ai la chance d'avoir une mère adoptive qui n'enferme pas les gens dans des clichés. Elle sait qu'il y a autant de gens différents que d'individus.  Jamais elle ne m'avait dit de choses négatives à propos des roumains,  si bien que pour moi, tous les enfants étaient pareils, quelles que soient   leurs origines. Je trouvais complètement injuste et méchant qu'on me stigmatise  ou accuse  sans fondement. A force d'entendre   "Hugues le roumain, le voleur de poules" ça me blessait et je réagissais en distribuant des coups de pieds. Ce qui n'arrangeait pas les choses !! Il était tentant de se ranger du côté des imbéciles et taire mes origines pour cesser d'être mal jugé. Je crois que c'est en réaction à tout ça que maintenant  j'affiche haut et clair  que je suis roumain . Moi j'en suis fier  et tant pis pour les ignorants ou les gens étroits d'esprit !

L.e.a;d.R.Quel âge avais-tu quand tu as été adopté ?

Hugues : J'ai été adopté en 1990 à l'âge de 10 jours.    Ma mère se trouvait à l'orphelinat de Puioaca quand le téléphone du directeur à sonné. C'était l'Hôpital voisin qui demandait à ce qu'on prépare un   lit pour recevoir un bébé de 10 jours. Ma future mère a aussitôt filé à l'hôpital  et  dés qu'elle m'a vu, dans son cœur j'ai été son fils. Le temps de régulariser les papiers, je suis arrivée en France, à l'âge de 1 mois, l'âge officiel de mon adoption.

L.e.a.d.R. :  Très rares sont  les parents adoptifs qui, lors de l'adoption  cherchent à savoir  l'adresse des parents biologiques. Comment ta mère l'a-t-elle obtenue ?

Hugues :  Quand ma future mère est arrivée  à l’hôpital où je venais de naître, la femme qui venait de me donner la vie s’apprêtait à   en partir.  Maman a demandé à la rencontrer. Elle voulait  la connaître et la  rassurer quant au fait qu'elle s'occuperait bien de moi. Elle avait eu le bon   réflexe de lui demander son adresse et elle l'a toujours précieusement conservée.

L.e.a.d.R. :  On t'a permis de rencontrer   ta mère biologique à  l'âge de 9 ans  or   la  loi Française sur   l'adoption plénière stipule : " Tous liens avec la famille d'origine doivent être rompus". Cela semble si important pour l'intérêt de l'enfant    que  cette loi  précise :  "la nouvelle filiation remplace   la précédente" et ceci à effet rétroactif puisque  " l'acte de naissance d'origine est annulé".   Etait il pertinent de te faire connaître ta mère biologique si tôt ?

Hugues :  Je crois qu'il serait encore plus pertinent de ne jamais rompre totalement les racines d'un enfant ! Malgré le fait que ma mère m'avait tout  expliqué sur  mon adoption, j'avais au fond de moi un mal-être que je ne savais pas exprimer autrement  qu'en me montrant turbulent. J'en faisais voir de toutes les couleurs à ma mère alors que je l'aimais plus que tout au monde et que n'ai jamais douté de son amour pour moi.  Elle avait pris conseil auprès de collègues médecins et m'avait  fait consulter un très bon psychiatre qui a rapidement conclu  que  j'étais envahi de doutes sur mes origines et qu'il serait libérateur pour moi de rencontrer ma mère biologique.
 Alors elle m'a emmené en  Roumanie voir ma mère biologique et effectivement,  cette rencontre m'a  vraiment allégé d'un poids et j'étais  devenu plus calme et confiant.   

J'ai eu beaucoup de chance d'avoir été adopté par une personne qui avait   la maturité pour élever un enfant en tenant compte qu'il a  déjà vécu avec une autre,   une histoire d'amour trahie.


L.e.a.d.R. :   Tu dis que ta mère avait de la maturité ??

Hugues avec sa maman adoptive
Hugues :  Ma mère ne répondait pas aux critères du parent idéal  selon les  services d'adoption.  Elle était célibataire et âgée de 44 ans. Moi il me semble qu'à  44 ans on est souvent  plus   patient,  plus indulgent  et compréhensifs  qu'à 28 ans, non ?
Elle est restée en lien avec des adoptants de ma région et certains d'entre eux ont des déboires avec leurs enfants. Selon eux, c'est à cause du séjour en orphelinat ou du fait  qu'ils sont "tombés sur le mauvais numéro".   Moi aussi j'ai été un enfant difficile et dans mon cas ce n'est pas à cause de l'orphelinat puisque je n'y suis resté que 3 semaines et ma mère adoptive venait me voir tous les jours.  


Leadr :   Et est-ce qu'une présence masculine ne t'a pas manqué ?  

Hugues :   Cela m'a un peu manqué mais  vers l'âge de 15 ans c'est dans le père de ma première petite amie que j'ai trouvé, en quelque sorte, un père de substitution.  Quand  ma petite amie et moi avons rompu, j'ai  continué    à  rendre visite à ses parents. Ce que mes nouvelles copines ne comprennent pas forcément....

L.e.a.d.R. :  Comment s'est passée ta rencontre avec ta mère biologique en Roumanie ?

Hugues avec sa maman biologique en Roumanie
Hugues : Quand nous sommes arrivés à l'adresse, nous étions face à  un grand immeuble. On ne savait pas si elle habitait encore là. Pendant que maman cherchait, je l'attendais dans la voiture sur le parking.  Des enfants de mon âge  jouait au ballon alors, spontanément, je suis joint à eux.
 Soudain, alors que maman n'était toujours pas revenue,  j'ai senti que quelqu'un me   regardait avec insistance. J'ai levé la tête.  Une femme  se tenait  figée sur le trottoir à quelques mètres de moi. Nos regards se sont croisés un instant qui a duré une éternité. Puis elle  s'est mise à courir  vers moi. D'instinct j'avais compris qu'elle était  ma mère biologique. Elle m'a pris  dans ses bras, me serrant très fort en pleurant. Le monde n'existait plus.
Pendant ce temps ma mère adoptive cherchait toujours, interrogeant les habitants. Plusieurs d'entre eux  connaissaient la personne qu'elle recherchait mais elle ne comprenait rien à leurs explications. L'endroit  semblait proche de l'immeuble.


Ma mère biologique  m'avait donné alors que j'étais un tout petit  bébé,  comment   a-t-elle pu me reconnaître 9 ans plus tard au milieu d'un groupe d'enfants alors que rien ne me distinguait d'eux???  

Quand maman est revenue à la voiture elle a vu un attroupement de gens silencieux. Ma mère roumaine s'est précipitée vers elle en disant des mots qui semblaient vouloir dire "Merci  d'être revenue  pour que je puisse voir mon enfant! "  Elle s'est alors  mise à genoux et embrassait les mains de ma mère. 

Ma maman roumaine nous a conduit chez elle.
Sa maison était au bout  d'un petit sentier qui donnait sur un terrain abandonné situé juste derrière l'immeuble.
Sa maison, c'était une pauvre cabane rafistolée avec des tôles.
Nous avons passé tout l’après midi avec elle. Les gestes et les regards suffisaient pour qu'on se comprenne.
 Le lendemain matin  avant de repartir, nous sommes revenus passer un moment avec elle. Elle s'était habillée avec des vêtements qu'on  lui avait amenés.    Je me sentais proche d'elle  comme si je l'avais  toujours connue. Elle m'a demandé de bien travailler à l'école.
Ma mère roumaine a eu 12 enfants et j'étais le 8ième. Elle en a donné 3 à l'adoption.


L.a.d.R. :   Sais-tu ce que sont devenus les 2 autres ?

Hugues :   J'ai un frère qui a été adopté  aux Etats-Unis ou en Australie. Ma mère biologique confond un peu ces 2 pays. Il est probable qu'elle ne sache pas les situer sur un carte.  On  on ne lui a   remis aucun exemplaire des papiers qu'elle a signés juste avant   l'adoption.
Ma soeur d'un an mon aînée a été  adoptée en 1991  quelques mois avant moi par des Français.
Ma mère adoptive lui a alors proposé d'essayer de la retrouver car plusieurs couples  de ma région avaient adoptés dans  ce même orphelinat de Pucioasa (Targoviste).

Je connaissais ma sœur depuis toujours mais j'ignorais qu'elle était ma sœur !  
Elle  avait été adoptée par un couple de la même ville que moi !
  Les parents adoptifs de ma région  ayant continués à se réunir une fois par an,  les  enfants s'étaient ainsi plusieurs fois rencontrés. Mais jamais personne ne parlait des parents biologiques.

Que s'est-il passé dans la vie de ma soeur d'un an mon aînée et adoptée à l'âge 8 mois seulement ? Elle seule pourrait parler de son vécu d'enfant adoptée mais je crois qu'elle est trop en souffrance et trop confuse dans sa tête pour pouvoir en   parler...
A 25 ans, ma sœur est déjà maman de 2 enfants qui lui ont été retirés par les services sociaux...
Depuis qu'elle sait que nous sommes frère  et sœur, elle a un comportement très ambigu avec moi...et du coup, j'évite de la rencontrer.
   Elle ne veut absolument pas connaître  notre mère et ne comprend  pas qu'on puisse avoir envie de revoir une mère qui nous a abandonnés.

Et moi qui trouve que c'est une richesse d'avoir 2 mères !  J'ai vraiment 2 mamans en or même si l'une d'elles est très abîmée par la vie.

Après cette première visite à  ma mère biologique on s'était échangé quelques courtes lettres qui devenaient plus espacées avec le temps. Difficile de trouver l'inspiration quand on a partagé si peu de choses et qu'on vit dans 2 mondes si différents!  Je n'ai plus de nouvelles depuis 5 ou 6 ans et   ça me préoccupe.   J'espère qu'il me sera enfin possible de retourner la voir l'été prochain. J'ai toujours peur qu'elle soit morte.

Hugues avec sa maman adoptive




Propos recueillis par Nadine Delpech pour le site "les enfants adoptés de Roumanie"