Qui sommes-nous ?

"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org
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samedi 15 août 2015

Justine vs Paula




Justine âgée de 6 mois.


Aujourd'hui, l'écriture est sûrement pour moi le meilleur moyen de partager ce que j'ai sur le cœur...

Je m’appelle Justine, mais mon nom d’origine est Paula, je suis née à Bucarest (district 5) et j'ai été adoptée en Roumanie. J’ai 21 ans et je suis étudiante en psychologie. 

Donner son lieu de naissance en se présentant, cela peut paraître banal, mais cela ne l'est pas pour une personne mal à l'aise avec son histoire et avec ses origines. C’était mon cas il y a encore un an ou deux. 


Cet article a été transféré sur notre nouveau blog

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jeudi 26 juin 2014

FLORIN NICA : "Quand les étrangers venaient, on nous alignait tous devant eux, on leur disait "choisissez" et ils en prenaient un."



extrait d''un tableau 21013 de Florin Nica

Florin interviewé par 2 journalistes  


le 17 juin 2014 dans la grande Bibliothèque de la ville de Targoviste se tenait l'inauguration de l'exposition de tableaux de  Florin Nica.  Le potentiel de ce jeune  artiste, en complet décalage avec son vécu "d'orphelin"  a attiré un public nombreux et différents médias. Doîna Banescu, professeur de philosophie à déclaré : "Il est des êtres comme Florin Nica qui ont quelque chose de plus que nous, une grâce qui vient de l'âme"  
Doîna Banescu, David Anca, Florin Nica, Mihai Serbanescu et le directeur de la Bibliothèque Targoviste


 Florin est né en Septembre 1983 dans une famille Rom abîmée par une vie de misère. Il avait 2 ans quand son père a été envoyé en prison pour de longues années. La mère trop fragile, le confie alors a l'orphelinat. 

Il a grandi  à l'orphelinat jusqu'à sa majorité et m'a confié quelques souvenirs :

"En 1991 des couples d'étrangers ont commencé à venir  à l'orphelinat. J'avais 8 ans. Les nourrices nous alignaient tous côte à côte  puis elles disaient  aux étrangers "Choisissez"  et ils en prenaient un.  Je rêvais qu'on me prenne mais je n'ai jamais été choisi."

"Un   couple Roumain  avait eu la gentillesse  de m'emmener  quelques jours  chez lui pour que je puisse   fêter Noël dans une famille. Cela a été pour moi une expérience merveilleuse et je remercie ces gens de m'avoir fait connaitre ça.  Ils avaient déjà un enfant et  je me doutais bien qu'ils ne pourraient pas m'adopter. Je les ai revus 2 ou 3 fois de façon espacée. Quand j'ai appris que leur fils n'était  pas un enfant biologique, ça m'a fait mal. Pourquoi c'était toujours les autres qu'on adoptait et pas moi? "



Les "orphelins" étaient scolarisés avec les autres enfants de la ville. La première fois que la mère de Florin est venu le voir, c'était à son école  car l'orphelinat se trouvait trop loin pour qu'elle puisse s'y rendre à pieds. 
 "j'avais 6 ans. Elle était venue avec son compagnon  et leur fille, ma demi-sœur. En voyant que  ma famille était Tzigane,  tous les enfants de l'école se sont mis à m'insulter et à se moquer de moi. Cela m'a fait beaucoup de peine."   


"A 8 ans on m'a fait quitter cette  école pour m'envoyer dans  une autre, spécialisée pour  enfants "attardés", généralement  issus d'un milieu social très défavorisés"  


Sa mère est revenue le voir 9 ans plus tard : "j'avais 15 ans. Je l'ai reconnue immédiatement.    Je lui ai reproché de ne pas être venu me voir plus tôt. Ses excuses ne me semblaient pas valables. J'étais  trop jeune et en  colère  pour mesurer combien cette femme était mentalement fragile et aussi détruite par l'alcool. Mon père venait de mourir en prison,  mais elle ne m'a rien dit. Je ne l'ai appris qu'à l'âge 21 ans.    " 


Florin présentait  des prédispositions pour le dessin  et l'orphelinat  a  fait en sorte  qu'il puisse suivre quelques  cours dans une école d'art de la ville. "Le professeur   Mihai Serbanescu à été pour moi, plus qu'un maître, il était comme un père et d'ailleurs parfois le mot m'échappe, je l'appelle "papa". 
Florin Nica et Mihai Serbanescu exposition du 17/06/14
A 18 ans c'est dur de quitter l'orphelinat et de se retrouver seul livré à sois-même.   Mihai Serbanescu, ce grand professeur dont les tableaux ont été exposés dans de nombreux pays a bien voulu continuer  à  me guider pour mes dessins."






Victor Nica et Nadine Delpech  chez Ulysse Anca O6/14
J'ai connu Florin en 2011. Il logeait dans les bâtiments de l'ancien pensionnat du Lycée de la ville.   Le directeur de l'établissement  avait permis  à 5 ou 6  jeunes adultes issus des orphelinats de loger en toute discrétion et gratuitement dans ces locaux inoccupés. Quelques arbustes les séparaient des élèves et professeurs qui ne regardent jamais de ce côté là du terrain. 2 univers si proches et qui s'ignorent.  Florin  avec  son petit Victor âgé alors de 3 ans occupait  2  chambres de 8 ou 9 mètres carré. Ils cuisinaient dehors sur un brasero installé dans le jardin devant la porte. Depuis an, la maman de Victor était partie "tenter sa chance" en Allemagne, les abandonnant tous deux sans plus donner de nouvelles...



Florin,  vivait misérablement mais pour rien au monde il ne se serait séparé de son fils.  Il n'avait pas trouvé d'autre travail que la récupération de bouteilles en plastique   qu'il revendait ensuite au poids à une usine. Habile dessinateur, l'été il améliorait beaucoup son ordinaire en vendant des portraits aux touristes de passage. A Noêl 2011, avec la vente  de ses tableaux, il avait offert un goûter et une petite fête aux enfants pauvres de son quartier. 
Ce qui est frappant c'est la façon remarquable dont ce jeune papa, de santé fragile,  se dévoue pour son petit Victor. Partout où il va, il l'emmène sur ses épaules, se privant parfois de manger  pour que Victor  ne souffre pas de leur condition et puisse avoir des petits jouets et des vêtements toujours corrects. Victor est heureux avec son papa. 
Sa région ne dispose pas d'association d'aide d'urgence or l'hiver dernier fût particulièrement  difficile pour Florin qui n'a pas pu vendre assez de tableaux. Victor venait d'entrer à l'école maternelle  ce qui lui assurait au moins quotidiennement un bon repas   et un goûter. 
Victor Emmanuel Nica 17/06/14
Et puis il y a eu  ce jour de trop où   le petit Victor est sorti de l'école en retirant discrètement  de sa poche quelque-chose qu'il a tendu à son père, lui disant  : "Tiens papa, j'ai fait semblant de manger mon goûter et je l'ai caché dans ma poche. C'est pour toi!  Moi à midi j'ai bien mangé, toi cela fait plusieurs jours que tu n'as plus rien à manger "  Ce geste a bouleversé Florin, l'amenant  à faire fi de son amour-propre pour en appeler à l'aide  d'un journaliste qui avait déjà publié  un article  sur son talent  d'artiste.  
 Dans le journal le journaliste rapporte les propos de Florin : "Je suis un artiste qui  n'arrive ni à vivre de son travail ni à trouver un autre emploi. Est-ce à un petit garçon de 5 ans de nourrir son père ? On vit dans un monde à l'envers.  Est-ce normal que malgré tous ses efforts  un père ne puisse garantir un bon  avenir à mon enfant?  Je ne veux pas qu'on me fasse l’aumône , je demande juste à trouver un travail.

Ce n'est pas un employeur que Florin a trouvé, mais des encouragements venus de toutes parts à commencer par ceux de  son  Maître Mihai Serbanescu. 
 Une famille de 12 enfants, disposant  d'une grande et confortable maison, a spontanément proposé  à Florin et Victor de venir partager leur foyer pendant quelques mois. Ulysse Anca et son épouse  m'ont reçue chez eux et j'ai été impressionnée par tout ce que ce couple et leurs beaux enfants bien élevés dégagent  de positif. Cette famille  exceptionnelle  est d'origine Rom. 
Victor avec Ulysse Anca   

5 mois plus tard, le 17 juin 2014, jour de l'anniversaire de Victor, Florin inaugurait son exposition à la bibliothèque de Targoviste. 



Victor souffle ses 6 bougies le jour choisi par son père pour le   vernissage 









Voir Reportage TV : http://www.columnatv.ro/tv/speranta-unui-artist/









Un tableau réalisé par Victor. les 3 personnages représentent : en premier plan son papa, puis lui-même et derrière, le petit garçon que sa maman a eu il y a 2 ans avec avec son nouveau compagnon.

Florin Nica, Danvid Anca, Nadine Delpech
Victor Emmanuel Nica






Texte  Nadine Delpech pour les adoptés de Roumanie.




lundi 2 juin 2014

L’affaire des « bébés roumains »



Image extrait de Bucarest 1986-1988, poétique d’une histoire.





"L'affaire des bébés roumains" est nommée ainsi par la presse française au début des années quatre-vingt (notamment on retrouve ce titre dans le Quotidien de Paris, du 3 Juin 1983) et rend compte de la situation de blocage des adoptions d'enfants roumains en Roumanie par des adoptants internationaux au cours des années quatre-vingt jusqu'au début des années quatre-vingt dix

Cet article a été transféré sur le nouveau blog de l'Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.).


Pour lire la suite de l'article :


http://orphelinsderoumanie.org/affaire-des-bebes-roumains/



mercredi 21 mai 2014

Déracinés, ils plient, se soutiennent et se relèvent













Adoptés à l'âge de 8 ans sans le consentement de leur mère, Florentina et Florin, des jumeaux roumains, la retrouve à 22 ans. 




Nés en en Roumanie en 1990, Florentina et Florin passent leurs huit premières années à l'orphelinat de Bacau. 

En 1998, ils changent de pays, de famille, de langue et de repères. Ils changent aussi de prénom : Irène et Christophe, happés par l'élan de leur jeune âge, s'adaptent rapidement à leur nouvelle vie, du moins en surface. Car lorsque Irène regarde Christophe, c'est  Florin qu'elle voit et inversement.  

Ils ont en partage huit ans d'histoire semée de tragédies mais qui a été malgré tout fondatrice. 
huit ans aussi de soutien indéfectible l'un à l'autre. 

"En réalité on avaient du mal à s'adapter" [...] "On s'était senti comme arraché à notre mère [...]. . Je n'arrivais pas à me sentir à ma place dans cette famille" confie Christophe dans le reportage que leur a consacré en 2012, la chaîne de TV M6 pour l'émission "C'est ma vie" (1).  

"On a toujours voulu retrouver notre mère, c'était un rêve impossible, comment aurions-nous pu tant que nous étions enfants? On espérait toujours pouvoir le réaliser plus tard"  dit Irène qui est à présent une charmante jeune femme, à son tour mère de famille.  

Et déterminés, ces deux là le sont ! 

A l'adolescence, bien que parfaitement intégrés à la vie en France, le mal-être les gagne. Les relations avec les parents adoptifs deviennent conflictuelles. "Je ne voulais rien montrer de ma souffrance, je souriais comme si de rien n'était"  dit Irène. La seule personne avec qui elle peut se confier est un surveillant du collège. En cours elle lacère régulièrement son bras avec la pointe du compas. Christophe, "le dur au cœur tendre",  fugue.

Le jeune garçon n'a que 13 ans, quand il entreprend de partir en Roumanie à pieds depuis Le-Puy-En-Velay où il habite ! Avec pour tout bagage une carte et une boussole, Il réussira ainsi à parcourir tout seul 150 kilomètres. La mission était courageuse mais évidemment au-delà de ses forces, après Grenoble, il rebrousse chemin mais sans renoncer à son objectif. Sa mère, il la retrouvera ! 





En 2012, avec l’aide d’une étudiante roumaine, les jumeaux retrouvent l’adresse actuelle de leur mère. Irène écrit à ce propos : «Après 15 ans de séparation avec ma famille biologique, je les retrouve enfin par internet en 15 jours. Une expérience émouvante.» 
Ils avaient toutes ces années conservé une vieille photo où l’on voit une jeune femme les tenir dans ses bras avec à côté d’eux leur père et  leurs deux sœurs à peine plus âgées qu’eux.



Ils embarquent alors tous deux  pour la Roumanie,  emmenant avec eux le bébé d’Irène.

Ils découvrent leur histoire :

Quand ils sont nés leurs parents avaient déjà deux fillettes et ils étaient très pauvres. "Je n'avais pas de maison, avec les enfants on dormait dehors où l'on pouvait [...].  Puis ils sont tombés malades",  dit la maman dans le reportage de M6 (1). Elle a alors confié  les jumeaux aux services sociaux. "Ça m'arrachait le cœur de me séparer de vous"  leur dit-elle en pleurant.
Elle allait les voir deux ou trois fois par an et chaque fois c'était un déchirement. Leur père est décédé quand ils avaient 5 ans. Elle a alors dû quitter la région avec ses deux aînées et trouvé un travail à la ville comme cantonnière ce qui leur a permis de survivre. Les derniers temps, seul le grand-père maternel resté à Bacau rendait parfois visite aux  jumeaux..
Et puis il y a eu ce moment terrible quand le grand père lui a annoncé par téléphone  "les enfants ne sont plus à la casa de Copii!, ils ont été adoptés par des étrangers." 


nrld : Les adoptions sans le consentement des parents biologiques roumains n'étaient pas rares dans les années 1990 et  début des années 2000. Voir notre article (2).


"J'ai vécu toutes ces années avec un fardeau très lourd"  "une pierre sur mon âme".

Leur  mère biologique leur a demandé pardon
Elle a aussi retrouvé auprès d'eux son rôle de maman, apprenant à sa fille à confectionner un plat roumain, obligeant son fils à mettre son manteau alors qu'il était dehors par -4° entrain de préparer un barbecue.  

Irène et Christophe tenaient aussi retrouver la nourrice Tatiana, la seule qui leur avait apporté un peu de douceur maternelle dans l'univers froid et brutal de l'orphelinat. Cette dernière se souvenait encore d'eux et aussi du nom que lui donnait la petite Florentina : "maman 2"....  Ils ont chaudement   remercié cette bonne fée. 

Revoir l'orphelinat où ils ont passé les huit premières années de leur vie a fait resurgir des souvenirs douloureux mais qui désormais allaient pouvoir être rangés définitivement au rang de vieux souvenirs "digérés". Et Florin de conclure à propos de ce voyage, aussi désiré que redouté : "Mon cœur a été réhydraté!",  "j'ai l'impression d'avoir évacué tout mon mal-être". 
Retrouver ses racines lui aura permis dit-il "de ne pas inventer [sa] vie, de la vivre tout simplement".




Article rédigé par Nadine Delpech/Laura G..















(1) Documentaire réalisé par Éloïse Millet et diffusé en 2012 dans l'émission "C'est ma vie"  (vidéos en 3 parties)

(2) A propos des adoptions effectués sans le consentement des mères biologiques, voir notre article : sur ce blog à "Histoire des adoptés (2/2)".


L'article " Le Puy : adoptés contre le gré de leur mère", In Zoom d'ici, 22/07/2013, [en ligne],
http://www.zoomdici.fr/actualite/Le-Puy-adoptes-contre-le-gre-de-leur-mere-id131108.html

La page " Irène et Christophe", In "C'est ma vie", émission dde la chaine télé M6 [en ligne],
http://www.m6.fr/emission-c_est_ma_vie/candidat/irene_et_christophe-7282/#ixzz30RNJi3fp

La page Facebook "C'est ma vie Irene-Christophe gaucher" dédiée au reportage :

https://www.facebook.com/CestMaVieIreneChristopheGaucher?fref=ts

iconographie :

[en ligne] http://www.zoomdici.fr/actualite/Le-Puy-adoptes-contre-le-gre-de-leur-mere-id131108.html?#

Numéro de référence à l'inathèque : 4677832.001

vendredi 25 avril 2014

Izidor Ruckel











L’adopté irrécupérable prouve qu’il ne faut jamais désespérer










"Given Our Chance wins a platinum award at the worldfest . What an opportunity it was for all of us that were recognized for the hard work. – avec Alex King, à Crowne Plaza Hotel Houston - Medical Center." 











Isidore Ruckel vient d’obtenir les Remi awards de Platine 2014 pour son film Given our Chance Alex King Productions (1)

Adopté tardivement dans un orphelinat roumain pour enfants « irrécupérables », son parcours démontre sa fabuleuse capacité de résilience.
En 1980, sous le régime de  Ceaucescu, Isidore alors âgé de 6 mois,  contracte la polio. Une maladie contagieuse qui génère  de graves infirmités. Ses parents misérables n’ont pas vu d’autres solutions que de l’abandonner.
C’est ainsi qu’il se retrouve à l’orphelinat de Sighet, un des pires qui soit, là où l’on cachait plus d’une centaine  d’enfants handicapés, les « irrécupérables ».  
Animé d’un fabuleux instinct de vie, il attire l’attention  d’une nourrice de l’orphelinat qui le    prend  en affection.
 «Elle se souciait de moi comme si elle était ma mère,» dit-il. « Elle était probablement la personne la plus aimante et la plus gentille que j’ai rencontré »
   
Mais le sort s’acharne. Alors qu’il avait 5 ou 6 ans, cette employée à laquelle il s’était attaché  s’électrocute à l’orphelinat  en voulant chauffer l’eau du bain des enfants.  Isidore n’a alors plus eu personne pour le protéger des coups, de graves négligences et de  l’ennui des jours.
Considérés comme un troupeau de d’animaux, privés de toute  base élémentaire d’éducation, les enfants sont livrés à leurs instincts primaires. « A l’orphelinat il n’y avait pas de règles ni de droit, tout était permis » « Quand un comportement gênait un employé, même pour une broutille, il nous administrait de forts sédatifs, ou   nous battait, ou encore   nous attachait dans une camisole de force » 
La plus part des autres enfants ayant des handicaps plus graves que ceux d’Isidore, en grandissant  cela lui donnait un  certain  ascendant  sur les autres.
«Vous ne savez pas la différence entre le bien et le mal quand vous ne l’avez   jamais appris. J’ai été désigné responsable d’un groupe d’enfants et je les traitais de la façon dont le personnel nous traitait :  S’ils ne m’écoutaient pas, je les battais »
En 1989 une équipe de télévision américaine vient filmer cet orphelinat sordide. Le monde entier découvre  des dizaines d’enfants, le crâne rasé, accroupis, nus, dans des flaques d’urine. D’autres sont attachés à des radiateurs. Beaucoup se balancent d’avant en arrière, certains se frappent la tête contre les murs. Et Isidore, avec son beau visage et ses yeux vifs,   qui marche jusqu’à eux en trainant sa jambe et  qui s’accrochent à leurs vêtements.
En 1991, son destin bascule. Il est adopté par une famille américaine. Il a alors déjà 11 ans.





Izidor Ruckel, agé de 11 ans, avec son père adoptif Danny Ruckel à San Diego, Californie.


© Tom Szalay

Au début, tout ce passe bien. Isidore bénéficie d’une opération qui lui permet, avec une prothèse de marcher normalement.
Mais à l’adolescence, sa sensibilité à fleur de peau, il est débordé par  les émotions  qui le submergent. Une situation que les parents ne sont pas préparés à gérer et qui devient de plus  en de plus en plus en conflictuelle. «Ce n’était pas de leur faute. Pendant 11 ans je n’avais fonctionné qu’aux claques et aux tannées. Je ne savais obéir que de cette manière qui n’était pas pratiquée ici. Alors quand  on me montrait de la bonté, de l’amour, de la compassion, ça me mettait encore plus en colère. »
«Je me sentais en colère à un point où je pouvais sentir mon cœur défaillir, je ne voyais plus que du noir !»  «Et en même temps, j’ai été élevé dans une famille chrétienne. Je me demandais toujours, si je n’étais pas  un enfant de l’enfer? Qu’est-ce qui n’allait pas avec moi?»

L’entente avec ses parents se dégrade jusqu’au point de rupture. A ses 17 ans, il doit quitter de la maison.
Isidor va alors rester plusieurs années sans aucun contact avec eux.

Ceci jusqu’au jour où il apprend que sa famille vient d’être été victime d’un  grave accident de voiture. Il réalise alors  qu’il ne peut pas les laisser tout seul  et se rend  à l’hôpital.
«C’était vraiment dur de revenir vers eux mais j’avais  tellement besoin d’être auprès d’eux dans ces moments, de savoir s’ils étaient OK» dit-il. «J’avais peur de leur réaction car j’imaginais qu’ils ne pourraient pas me pardonner pour tout ce que je leur avais fait subir»
Mais ses parents lui ont tout pardonné. Depuis lors, ils sont devenus très proches.

Isidore Ruckel a maintenant 34 ans et vit à Denver. Après avoir écrit Abandoned for life un livre sur ses expériences (2), et produit un premier film documentaire sur les orphelins roumains adoptées. Il vient  de terminer  en collaboration avec un autre adopté roumain, Alex King, un deuxième film documentaire Given our chance (1) sur ce que sont devenus les orphelins restés en Roumanie.






«Je suis devenu un défenseur des autres orphelins»
dit Isidore qui en a fait son combat. 

« Et je crois que tout ça a à voir avec mes parents 
parce que j’ai compris ce qu’est l’amour, 
ce qu’est la compassion 
et tout ce que l’affection peut faire »





 D’aprés Tara Bhrantur, Washingtoonpst 30/01/2014
.                                                                                                                                               http://www.washingtonpost.com/sf/style/2014/01/30/a-lost-boy-finds-his-calling/
(1)- http://www.akingproduction.com/
(1)- http://www.pr.com/press-release/553069
http://eraonline.org.uk/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1
https://bothendsburning.org/
http://childreninfamiliesfirst.org/
(2)-  livre «Abandoned for life»  http://www.abandonedforlife.com/buy-the-book.html


Iconographie :
Capture d'image de la bande annonce du film documentaire Given our chance réalisé par Izidor Ruckel, produit par Alex King, 55min, 2013, USA  [en ligne]
Alex King et Izidor Ruckel lors de la réception d'un Remi award à Worldfest, source page facebook de Izidor Ruckel ici
Photo extrait de l’article de Jon Hamilton, Orphans’ Lonely Beginnings Reveal How Parents Shape A Child’s Brain, February 24, 2014, Nrp.org [en ligne

couverture du livre "Abandoned for life" de Izidor Ruckel sur le site de l'auteur.