"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org
La soirée commence avec quelques mots émus de la part de la réalisatrice Ursula Wernly Fergui : elle voit pour la première fois sur grand écran ce projet qui a mis 5 ans pour aboutir. Elle se souvient de cette époque où parmi ses amis, certains allaient en Roumanie pour aider les orphelins. Elle découvre le travail photographique d’Elisabeth Blanchet sur ces orphelins sociaux des « maisons d’enfants » à l’époque de la dictature, et qui y est retournée 20 ans plus tard. Loin des images choc de Raymond Depardon prises à la demande de Children Action, ONG de Genève, Elisabeth Blanchet semble quant à elle, à travers ses clichés, rendre véritablement leur dignité à ces petites personnes qui, regard camera, toisent indirectement le spectateur. Elles veulent faire un film, mais ne parviennent pas à mettre en place ce projet.
C'est avec la rencontre de Marion, née en Roumanie et adoptée à 6 ans par un couple français, également touchée par le travail de la photographe que le projet verra enfin le jour. Les premières images du documentaire débutent sur le visage rose de son petit garçon, Pierre. On sait l’orpheline, on voit la jeune mère et sa question : comment peut-on abandonner un enfant ?
Image extraite de L'Enfant du Diable
De là, on découvre le long cheminement de Marion pour découvrir son passé et les épreuves qu’elle rencontre lors du tournage. On comprend aussi que la réalité est bien plus complexe qu’elle ne l’avait imaginée.
Bande-annonce
Très beau documentaire, qui dévoile avec pudeur et dignité l’histoire d’un pays sous dictature communiste, où les enfants étaient au cœur d’une politique nataliste, mais aussi au centre d’intérêts privés malhonnêtes.
Dans la salle, beaucoup d’émotion au cours de la projection. Les lumières reviennent et les questions sont timides, mais finalement la conclusion se fait autour de Marion : vous avez retrouvez votre mère et votre père, donc finalement tout est pour le mieux ? Oui, mais que faire aujourd’hui avec ça ? Marion, à qui on a volé 6 ans de sa vie et bien plus (elle ne retrouve sa mère qu’à 23 ans et son père à 38) se pose la question : Peut-on rattraper ces années ? Pour elle la réponse est non, maintenant il faut construire, malgré la distance, malgré la barrière de la langue, des relations nouvelles qui ne pourront jamais remplacer les liens d’attachement et d’amour qu’elle a construit avec ses parents « adoptifs ».
M. Herlea, de la Maison de la Roumanie, dans son intervention tient à apporter une précision : au cours du documentaire, on évoque la culpabilité de Ceausescu, « L’enfant du diable », qui signe les actes d’adoption, mais il souligne que la situation politique générale et l’idéologie communiste n’en sont pas moins responsables.
Invitation pour la projection de l'Enfant du Diable à la Scam
Loin de traiter en profondeur ces questions politiques, le propos de ce documentaire apporte un point de vue nouveau sur la Roumanie d’hier et d’aujourd’hui : on rencontre les personnes vulnérables qui ont été victime de cette époque: les enfants, les filles mères isolées, et les parents adoptifs manipulés. Loin des clichés, les parents adoptants et biologiques ne s’opposent pas et expriment réciproquement leur reconnaissance mutuelle et l’envie de se rencontrer.
Laura
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Pour continuer :
Vous pouvez lire l'article sur notre blog consacré au témoignage de Marion :
http://lesadoptesderoumanie.blogspot.fr/search/label/Marion%20%22l%27enfant%20du%20diable%22
Le documentaire est disponible en vod sur Vodeo : http://www.vodeo.tv/documentaire/l-enfant-du-diable.
« L’enfant
du diable »
est le titre du film documentaire que Marion Le
Roy Dagen, une
française adoptée en Roumaine, vient de tourner en collaboration
avec la photo-journaliste Elisabeth
Blanchetet la réalisatrice Ursula Wernly Fergui. Cet article a été transféré sur le nouveau blog de l'Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.).
le 17 juin 2014 dans la grande Bibliothèque de la ville de Targoviste se tenait l'inauguration de l'exposition de tableaux de Florin Nica. Le potentiel de ce jeune artiste, en complet décalage avec son vécu "d'orphelin" a attiré un public nombreux et différents médias. Doîna Banescu, professeur de philosophie à déclaré : "Il est des êtres comme Florin Nica qui ont quelque chose de plus que nous, une grâce qui vient de l'âme"
Doîna Banescu, David Anca, Florin Nica, Mihai Serbanescu et le directeur de la Bibliothèque Targoviste
Florin est né en Septembre 1983 dans une famille Rom abîmée par une vie de misère. Il avait 2 ans quand son père a été envoyé en prison pour de longues années. La mère trop fragile, le confie alors a l'orphelinat.
Il a grandi à l'orphelinat jusqu'à sa majorité et m'a confié quelques souvenirs :
"En 1991 des couples d'étrangers ont commencé à venir à l'orphelinat. J'avais 8 ans. Les nourrices nous alignaient tous côte à côte puis elles disaient aux étrangers "Choisissez" et ils en prenaient un. Je rêvais qu'on me prenne mais je n'ai jamais été choisi."
"Un couple Roumain avait eu la gentillesse de m'emmener quelques jours chez lui pour que je puisse fêter Noël dans une famille. Cela a été pour moi une expérience merveilleuse et je remercie ces gens de m'avoir fait connaitre ça. Ils avaient déjà un enfant et je me doutais bien qu'ils ne pourraient pas m'adopter. Je les ai revus 2 ou 3 fois de façon espacée. Quand j'ai appris que leur fils n'était pas un enfant biologique, ça m'a fait mal. Pourquoi c'était toujours les autres qu'on adoptait et pas moi? "
Les "orphelins" étaient scolarisés avec les autres enfants de la ville. La première fois que la mère de Florin est venu le voir, c'était à son école car l'orphelinat se trouvait trop loin pour qu'elle puisse s'y rendre à pieds. "j'avais 6 ans. Elle était venue avec son compagnon et leur fille, ma demi-sœur. En voyant que ma famille était Tzigane, tous les enfants de l'école se sont mis à m'insulter et à se moquer de moi. Cela m'a fait beaucoup de peine."
"A 8 ans on m'a fait quitter cette école pour m'envoyer dans une autre, spécialisée pour enfants "attardés", généralement issus d'un milieu social très défavorisés"
Sa mère est revenue le voir 9 ans plus tard : "j'avais 15 ans. Je l'ai reconnue immédiatement. Je lui ai reproché de ne pas être venu me voir plus tôt. Ses excuses ne me semblaient pas valables. J'étais trop jeune et en colère pour mesurer combien cette femme était mentalement fragile et aussi détruite par l'alcool. Mon père venait de mourir en prison, mais elle ne m'a rien dit. Je ne l'ai appris qu'à l'âge 21 ans. "
Florin présentait des prédispositions pour le dessin et l'orphelinat a fait en sorte qu'il puisse suivre quelques cours dans une école d'art de la ville. "Le professeur Mihai Serbanescu à été pour moi, plus qu'un maître, il était comme un père et d'ailleurs parfois le mot m'échappe, je l'appelle "papa".
Florin Nica et Mihai Serbanescu exposition du 17/06/14
A 18 ans c'est dur de quitter l'orphelinat et de se retrouver seul livré à sois-même. Mihai Serbanescu, ce grand professeur dont les tableaux ont été exposés dans de nombreux pays a bien voulu continuer à me guider pour mes dessins."
Victor Nica et Nadine Delpech chez Ulysse Anca O6/14
J'ai connu Florin en 2011. Il logeait dans les bâtiments de l'ancien pensionnat du Lycée de la ville. Le directeur de l'établissement avait permis à 5 ou 6 jeunes adultes issus des orphelinats de loger en toute discrétion et gratuitement dans ces locaux inoccupés. Quelques arbustes les séparaient des élèves et professeurs qui ne regardent jamais de ce côté là du terrain. 2 univers si proches et qui s'ignorent. Florin avec son petit Victor âgé alors de 3 ans occupait 2 chambres de 8 ou 9 mètres carré. Ils cuisinaient dehors sur un brasero installé dans le jardin devant la porte. Depuis an, la maman de Victor était partie "tenter sa chance" en Allemagne, les abandonnant tous deux sans plus donner de nouvelles...
Florin, vivait misérablement mais pour rien au monde il ne se serait séparé de son fils. Il n'avait pas trouvé d'autre travail que la récupération de bouteilles en plastique qu'il revendait ensuite au poids à une usine. Habile dessinateur, l'été il améliorait beaucoup son ordinaire en vendant des portraits aux touristes de passage. A Noêl 2011, avec la vente de ses tableaux, il avait offert un goûter et une petite fête aux enfants pauvres de son quartier.
Ce qui est frappant c'est la façon remarquable dont ce jeune papa, de santé fragile, se dévoue pour son petit Victor.Partout où il va, il l'emmène sur ses épaules, se privant parfois de manger pour que Victor ne souffre pas de leur condition et puisse avoir des petits jouets et des vêtements toujours corrects. Victor est heureux avec son papa.
Sa région ne dispose pas d'association d'aide d'urgence or l'hiver dernier fût particulièrement difficile pour Florin qui n'a pas pu vendre assez de tableaux. Victor venait d'entrer à l'école maternelle ce qui lui assurait au moins quotidiennement un bon repas et un goûter.
Victor Emmanuel Nica 17/06/14
Et puis il y a eu ce jour de trop où le petit Victor est sorti de l'école en retirant discrètement de sa poche quelque-chose qu'il a tendu à son père, lui disant : "Tiens papa, j'ai fait semblant de manger mon goûter et je l'ai caché dans ma poche. C'est pour toi! Moi à midi j'ai bien mangé, toi cela fait plusieurs jours que tu n'as plus rien à manger " Ce geste a bouleversé Florin, l'amenant à faire fi de son amour-propre pour en appeler à l'aide d'un journaliste qui avait déjà publié un article sur son talent d'artiste. Dans le journal le journaliste rapporte les propos de Florin : "Je suis un artiste qui n'arrive ni à vivre de son travail ni à trouver un autre emploi. Est-ce à un petit garçon de 5 ans de nourrir son père ? On vit dans un monde à l'envers. Est-ce normal que malgré tous ses efforts un père ne puisse garantir un bon avenir à mon enfant? Je ne veux pas qu'on me fasse l’aumône , je demande juste à trouver un travail."
Ce n'est pas un employeur que Florin a trouvé, mais des encouragements venus de toutes parts à commencer par ceux de son Maître Mihai Serbanescu.
Une famille de 12 enfants, disposant d'une grande et confortable maison, a spontanément proposé à Florin et Victor de venir partager leur foyer pendant quelques mois. Ulysse Anca et son épouse m'ont reçue chez eux et j'ai été impressionnée par tout ce que ce couple et leurs beaux enfants bien élevés dégagent de positif. Cette famille exceptionnelle est d'origine Rom.
Victor avec Ulysse Anca
5 mois plus tard, le 17 juin 2014, jour de l'anniversaire de Victor, Florin inaugurait son exposition à la bibliothèque de Targoviste.
Victor souffle ses 6 bougies le jour choisi par son père pour le vernissage
Un tableau réalisé par Victor. les 3 personnages représentent : en premier plan son papa, puis lui-même et derrière, le petit garçon que sa maman a eu il y a 2 ans avec avec son nouveau compagnon.
Florin Nica, Danvid Anca, Nadine Delpech
Victor Emmanuel Nica
Texte Nadine Delpech pour les adoptés de Roumanie.
Image extrait de Bucarest 1986-1988, poétique d’une histoire.
"L'affaire des bébés roumains" est nommée ainsi par la presse française au début des années quatre-vingt (notamment on retrouve ce titre dans le Quotidien de Paris, du 3 Juin 1983) et rend compte de la situation de blocage des adoptions d'enfants roumains en Roumanie par des adoptants internationaux au cours des années quatre-vingt jusqu'au début des années quatre-vingt dix.
L’adopté irrécupérable prouve qu’il ne faut jamais désespérer
"Given Our Chance wins a platinum award at the worldfest . What an opportunity it was for all of us that were recognized for the hard work. – avec Alex King, à Crowne Plaza Hotel Houston - Medical Center."
Isidore Ruckel vient d’obtenir les Remi awards de Platine 2014 pour son film Given our Chance Alex King Productions (1)
Adopté tardivement dans un orphelinat roumain pour enfants « irrécupérables », son parcours démontre sa fabuleuse capacité de résilience.
En 1980, sous le régime de Ceaucescu, Isidore alors âgé de 6 mois, contracte la polio. Une maladie contagieuse qui génère de graves infirmités. Ses parents misérables n’ont pas vu d’autres solutions que de l’abandonner.
C’est ainsi qu’il se retrouve à l’orphelinat de Sighet, un des pires qui soit, là où l’on cachait plus d’une centaine d’enfants handicapés, les « irrécupérables ».
Animé d’un fabuleux instinct de vie, il attire l’attention d’une nourrice de l’orphelinat qui le prend en affection.
«Elle se souciait de moi comme si elle était ma mère,» dit-il. « Elle était probablement la personne la plus aimante et la plus gentille que j’ai rencontré »
Mais le sort s’acharne. Alors qu’il avait 5 ou 6 ans, cette employée à laquelle il s’était attaché s’électrocute à l’orphelinat en voulant chauffer l’eau du bain des enfants. Isidore n’a alors plus eu personne pour le protéger des coups, de graves négligences et de l’ennui des jours.
Considérés comme un troupeau de d’animaux, privés de toute base élémentaire d’éducation, les enfants sont livrés à leurs instincts primaires. « A l’orphelinat il n’y avait pas de règles ni de droit, tout était permis » « Quand un comportement gênait un employé, même pour une broutille, il nous administrait de forts sédatifs, ou nous battait, ou encore nous attachait dans une camisole de force »
La plus part des autres enfants ayant des handicaps plus graves que ceux d’Isidore, en grandissant cela lui donnait un certain ascendant sur les autres.
«Vous ne savez pas la différence entre le bien et le mal quand vous ne l’avez jamais appris. J’ai été désigné responsable d’un groupe d’enfants et je les traitais de la façon dont le personnel nous traitait : S’ils ne m’écoutaient pas, je les battais »
En 1989 une équipe de télévision américaine vient filmer cet orphelinat sordide. Le monde entier découvre des dizaines d’enfants, le crâne rasé, accroupis, nus, dans des flaques d’urine. D’autres sont attachés à des radiateurs. Beaucoup se balancent d’avant en arrière, certains se frappent la tête contre les murs. Et Isidore, avec son beau visage et ses yeux vifs, qui marche jusqu’à eux en trainant sa jambe et qui s’accrochent à leurs vêtements.
En 1991, son destin bascule. Il est adopté par une famille américaine. Il a alors déjà 11 ans.
Izidor Ruckel, agé de 11 ans, avec son père adoptif Danny Ruckel à San Diego, Californie.
Au début, tout ce passe bien. Isidore bénéficie d’une opération qui lui permet, avec une prothèse de marcher normalement.
Mais à l’adolescence, sa sensibilité à fleur de peau, il est débordé par les émotions qui le submergent. Une situation que les parents ne sont pas préparés à gérer et qui devient de plus en de plus en plus en conflictuelle. «Ce n’était pas de leur faute. Pendant 11 ans je n’avais fonctionné qu’aux claques et aux tannées. Je ne savais obéir que de cette manière qui n’était pas pratiquée ici. Alors quand on me montrait de la bonté, de l’amour, de la compassion, ça me mettait encore plus en colère. »
«Je me sentais en colère à un point où je pouvais sentir mon cœur défaillir, je ne voyais plus que du noir !» «Et en même temps, j’ai été élevé dans une famille chrétienne. Je me demandais toujours, si je n’étais pas un enfant de l’enfer? Qu’est-ce qui n’allait pas avec moi?»
L’entente avec ses parents se dégrade jusqu’au point de rupture. A ses 17 ans, il doit quitter de la maison.
Isidor va alors rester plusieurs années sans aucun contact avec eux.
Ceci jusqu’au jour où il apprend que sa famille vient d’être été victime d’un grave accident de voiture. Il réalise alors qu’il ne peut pas les laisser tout seul et se rend à l’hôpital.
«C’était vraiment dur de revenir vers eux mais j’avais tellement besoin d’être auprès d’eux dans ces moments, de savoir s’ils étaient OK» dit-il. «J’avais peur de leur réaction car j’imaginais qu’ils ne pourraient pas me pardonner pour tout ce que je leur avais fait subir»
Mais ses parents lui ont tout pardonné. Depuis lors, ils sont devenus très proches.
Isidore Ruckel a maintenant 34 ans et vit à Denver. Après avoir écrit Abandoned for life un livre sur ses expériences (2), et produit un premier film documentaire sur les orphelins roumains adoptées. Il vient de terminer en collaboration avec un autre adopté roumain, Alex King, un deuxième film documentaire Given our chance (1) sur ce que sont devenus les orphelins restés en Roumanie.
«Je suis devenu un défenseur des autres orphelins»,
dit Isidore qui en a fait son combat.
« Et je crois que tout ça a à voir avec mes parents
(2)- livre «Abandoned for life» http://www.abandonedforlife.com/buy-the-book.html
Iconographie : Capture d'image de la bande annonce du film documentaire Given our chance réalisé par Izidor Ruckel, produit par Alex King, 55min, 2013, USA [en ligne]
Alex King et Izidor Ruckel lors de la réception d'un Remi award à Worldfest, source page facebook de Izidor Ruckel ici Photo extrait de l’article de Jon Hamilton, Orphans’ Lonely Beginnings Reveal How Parents Shape A Child’s Brain, February 24, 2014, Nrp.org [en ligne] couverture du livre "Abandoned for life" de Izidor Ruckel sur le site de l'auteur.