Qui sommes-nous ?

"Les Enfants Adoptés De Roumanie" (L.E.A.D.R.) était une réunion de personnes bénévoles : nés en Roumanie et adoptés par des couples francophones, et des personnes sensibles aux questions de l'adoption internationale en Roumanie. De 2014 à 2015 LEADR a créé des espaces et des outils adressés aux adoptés d'origine roumaine pour faire entendre leur parole et pour contribuer à leurs recherches. Aujourd'hui le collectif a évolué en Association Française Orphelins de Roumanie (A.F.O.R.), association loi 1901, créé en septembre 2015 : www.orphelinsderoumanie.org
Affichage des articles dont le libellé est Roms. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roms. Afficher tous les articles

samedi 25 juillet 2015

Rom, et alors ?



Drapeau rom/tzigane adopté officiellement
lors du Congrès mondial tzigane de 1971
















Bonjour,



Je vous écris ce petit message concernant tous les enfants adoptés comme moi et d'origine ROM. 

Cet article a été transféré sur notre nouveau Blog
Pour lire la suite cliquez ici



jeudi 16 avril 2015

Spartacus et Cassandra, le film







"A 1 an, je marchais; à 2 ans je mangeais de la terre; à 3 ans mon père était en prison; puis j'ai fait la manche avec ma mère"
C'est par ces mots égrenés en voix off par Spartacus, 13 ans, que commence ce remarquable film documentaire aussi dur que lumineux.

Le réalisateur Ioanis Nuget a suivi pendant plus d'un an 2 enfants Rroms, frère et sœur accueillis dans un premier temps avec leurs parents, près de Paris dans le petit cirque de Camille, une jeune trapéziste.
Pour les enfants, Camille devient vite plus qu'une grande sœur. Mais le père souffre d'une addiction à l'alcool et la mère d'un trouble mental, les enfants vont être confrontés à un impossible choix : soit rester avec leurs parents dont le projet est de partir faire la manche en Espagne où être placés en France en famille d'accueil.


 
La caméra de Ioanis Nuget capte sans complaisance ni angélisme des fragments d'une histoire touchante filmée à hauteur des enfants, avec leur regard et leurs mots. Ce qui relève de la tragédie devient un conte poétique, parfois burlesque, et où douceur et peurs se côtoient.

Grâce à Camille, leur nature d'enfant reprend parfois ses droits et on les voit aussi rire, se taquiner, danser et leur joie devient la nôtre.



Avec eux et toute la vitalité de leur jeune âge nous sommes bringuebalés dans un mouvement improbable où notre monde adulte semble un cirque et où ce sont les enfants qui nous donnent des leçons.

Spartacus et Cassandra crèvent l'écran. On ressort de ce film à la fois secoués et émerveillés.


Ce film documentaire a forcément trouvé en nous, adoptés de Roumanie souvent issus de familles Rroms, un écho particulier.

La caméra de Ioanis Nuget nous emmène là où jamais l'on ne va : dans l'intimité d'une famille abîmée par la misère, et qui pourrait être la nôtre.

Ce qui nous a le plus ému et qui semble avoir échappé aux autres spectateurs, c'est la souffrance sourde des parents de Spartacus et Cassandra et surtout celle de la mère. Leur souffrance face à leur impuissance à offrir à leurs enfants une vie meilleure que celle qu'ils ont toujours connu et qu'ont toujours connu les générations qui les ont précédés, leur souffrance devant l'amputation que représente la séparation d'avec ses enfants. Leur père pourrait facilement sembler méprisable si on oubliait qu'avant d'être un adulte il a, lui aussi, été un enfant vers qui aucune "Camille" n'a tendu la main et à présent tout semble trop tard pour lui.

Nous tenons à saluer le courage exemplaire de Camille Brisson la jeune trapéziste qui aurait eu, bien plus que d'autres, de bons alibis pour laisser ces gamins à leur triste sort et qui pourtant n'a pas hésité à se battre pour les aider, pour leur donner confiance en eux et en la vie, et leur montrer que quelqu'un sur cette terre croyait en eux, en leur potentiel pour rompre la spirale infernale de la misère, de la violence, de la folie et du rejet.
A seulement 21 ans, cette frêle jeune fille à réussi offrir à ces enfants un environnement plus sécurisant et les outils pour leur donner une chance de casser la chaîne de ce qui n'est pas une fatalité : l'ignorance et la misère avec toutes les laideurs qu'elles génèrent.


Nous avons également été rassurés de constater, et c'est assez rare pour être souligné, que dans nos services sociaux et judiciaires il existe des hommes et femmes plein de bon sens qui ont su entendre et comprendre ces gamins ; qui on su trouver des solutions pour leur permettre, comme ils le souhaitaient, de rester auprès de Camille tout en conservant un lien avec leurs parents biologiques ;

Voilà qui nous semble illustrer la définition de "l'intérêt supérieur des enfants"

Un film à voir, absolument !


N.D pour les adoptés de Roumanie.


Bande annonce





mercredi 13 août 2014

Florina : j'ai réuni mes parents biologiques et adoptifs !


Les premiers l'ont mise au monde, les seconds l'ont élevée,

Les premiers sont roms, les seconds sont français,

Les premiers l'avaient confiée à un orphelinat et pensaient qu'elle n'avait pas survécu à son handicap,

les seconds ignoraient tout des premiers et  lui ont permis de retrouver l'usage de ses pieds.

Les années ont  passé....

Pour la première fois, les 4 parents de Florina  se sont rencontrés autour de leur fille le 10 Aout 2014.  .


Dans notre précédent article, nous évoquions l'histoire de  Florina et comment elle avait retrouvé   ses parents biologiques. C'était il y a à peine 1 mois. Elle formulait encore un vœux : Qu'un jour ses parents adoptifs et biologiques acceptent de se rencontrer.  Elle nous raconte la suite : 

  " Mes parents adoptifs  appréhendaient ma première rencontre avec mes parents biologiques dans le camp  de Roms où ils vivent  à 250  kilomètres de chez moi. Je leur ai tout raconté de cette journée et finalement je les ai  sentis soulagés. Je crois qu'ils étaient heureux de me voir heureuse et  rassurés quand au fait que cela n'avait rien changé à la place primordiale qu'ils occupaient toujours dans mon cœur. 
Malgré cela,  je n'osais pas leur dire que j'aimerais les réunir tous ensembles. Il me semblait que c'était trop leur demander,  je craignais de les inquiéter ou qu'ils ne me fassent des reproches. 

Voulant revoir ma famille biologique, je les ai invités à venir passer une journée  chez moi. J'ai mon propre logement mais je ne voulais pas les inviter sans que mes parents le sachent. Maman m'a alors glissé qu'elle aimerait   bien aussi les connaître. De mes 4 parents elle était celle qui me semblait la plus difficile à convaincre  et c'est elle qui m'a tendu la  perche!  Merci maman, tu es géniale !  Nous avons convenu, qu'ils viendraient tous deux nous rejoindre pour le dessert. 

Florina entourée de ses 4 parents

Mes parents  roumains ont trouvé des connaissances  possédant un véhicule et qui ont bien voulu  les conduire chez moi.  Seuls mes  2 frères jumeaux ont  pu les accompagner car ma soeur venait de repartir en Roumanie et mon frère de 17 ans avait été désigné pour garder leur abri  de fortune. Dans les campements de roms la promiscuité et la misère obligent à toujours surveiller ses affaires....
Sitôt arrivés, maman n'a pas voulu s’asseoir. Elle avait porté des tomates, des  cornichons et des oignons et   s'est mise spontanément aux fourneaux avec moi. Je dois dire que ça m'a secondé car je me sentais débordée !! 
Sébastien, mon compagnon, étant absent pour 15 jours, j'avais invité  une de mes meilleures amies. Avec mes parents, mes frères, leurs 3 accompagnateurs, nous étions 10 !   L'ambiance était joyeuse et quand mes seconds  parents sont arrivés, malgré l'émotion,   le courant  est aussitôt bien passé. 

Florina, ses 2 papas, ses frères et sa maman roumaine 
Maman avait porté un gros gâteau et aussi tous les albums photos de quand j'étais plus jeune. C'était les pages manquantes à la vie de mes parents biologiques. Des pages qu'ils n'auraient jamais pu remplir ainsi.  

   
Mes parents roumains ont remerciés mes parents adoptifs  pour tout ce qu'ils avaient fait pour moi. 
Maman a répondu qu'elle les remerciait de m'avoir donné à l'orphelinat car avec l'handicap que j'avais, peut-être que d'autres dans la même situation, m'auraient supprimée à la naissance. 

Mon père biologique semblait particulièrement ému, il a répété plusieurs fois à mes parents adoptifs "Prenez soin de Florina, prenez soin de Florina , Merci mon Dieu ! " Et j'ai vu des larmes couler sur ses joues. 

Mon frère, qui était resté garder leur cabanon,  nous a téléphoné plusieurs fois tant il s'ennuyait tout seul loin de nous. 

En fin de journée nous avons tous joué   à la pétanque dans le jardin ! 

Quand l'heure est venue de repartir, mes 4 parents se sont embrassés.  

C'était une journée merveilleuse. J'ai beaucoup de chance d'avoir 4 parents qui ont tous l'intelligence du cœur. 

Florina et ses jeunes frères jumeaux  




Propos recueillis par Nadine Delpech 
pour le site : Les adoptés de Roumanie



jeudi 26 juin 2014

FLORIN NICA : "Quand les étrangers venaient, on nous alignait tous devant eux, on leur disait "choisissez" et ils en prenaient un."



extrait d''un tableau 21013 de Florin Nica

Florin interviewé par 2 journalistes  


le 17 juin 2014 dans la grande Bibliothèque de la ville de Targoviste se tenait l'inauguration de l'exposition de tableaux de  Florin Nica.  Le potentiel de ce jeune  artiste, en complet décalage avec son vécu "d'orphelin"  a attiré un public nombreux et différents médias. Doîna Banescu, professeur de philosophie à déclaré : "Il est des êtres comme Florin Nica qui ont quelque chose de plus que nous, une grâce qui vient de l'âme"  
Doîna Banescu, David Anca, Florin Nica, Mihai Serbanescu et le directeur de la Bibliothèque Targoviste


 Florin est né en Septembre 1983 dans une famille Rom abîmée par une vie de misère. Il avait 2 ans quand son père a été envoyé en prison pour de longues années. La mère trop fragile, le confie alors a l'orphelinat. 

Il a grandi  à l'orphelinat jusqu'à sa majorité et m'a confié quelques souvenirs :

"En 1991 des couples d'étrangers ont commencé à venir  à l'orphelinat. J'avais 8 ans. Les nourrices nous alignaient tous côte à côte  puis elles disaient  aux étrangers "Choisissez"  et ils en prenaient un.  Je rêvais qu'on me prenne mais je n'ai jamais été choisi."

"Un   couple Roumain  avait eu la gentillesse  de m'emmener  quelques jours  chez lui pour que je puisse   fêter Noël dans une famille. Cela a été pour moi une expérience merveilleuse et je remercie ces gens de m'avoir fait connaitre ça.  Ils avaient déjà un enfant et  je me doutais bien qu'ils ne pourraient pas m'adopter. Je les ai revus 2 ou 3 fois de façon espacée. Quand j'ai appris que leur fils n'était  pas un enfant biologique, ça m'a fait mal. Pourquoi c'était toujours les autres qu'on adoptait et pas moi? "



Les "orphelins" étaient scolarisés avec les autres enfants de la ville. La première fois que la mère de Florin est venu le voir, c'était à son école  car l'orphelinat se trouvait trop loin pour qu'elle puisse s'y rendre à pieds. 
 "j'avais 6 ans. Elle était venue avec son compagnon  et leur fille, ma demi-sœur. En voyant que  ma famille était Tzigane,  tous les enfants de l'école se sont mis à m'insulter et à se moquer de moi. Cela m'a fait beaucoup de peine."   


"A 8 ans on m'a fait quitter cette  école pour m'envoyer dans  une autre, spécialisée pour  enfants "attardés", généralement  issus d'un milieu social très défavorisés"  


Sa mère est revenue le voir 9 ans plus tard : "j'avais 15 ans. Je l'ai reconnue immédiatement.    Je lui ai reproché de ne pas être venu me voir plus tôt. Ses excuses ne me semblaient pas valables. J'étais  trop jeune et en  colère  pour mesurer combien cette femme était mentalement fragile et aussi détruite par l'alcool. Mon père venait de mourir en prison,  mais elle ne m'a rien dit. Je ne l'ai appris qu'à l'âge 21 ans.    " 


Florin présentait  des prédispositions pour le dessin  et l'orphelinat  a  fait en sorte  qu'il puisse suivre quelques  cours dans une école d'art de la ville. "Le professeur   Mihai Serbanescu à été pour moi, plus qu'un maître, il était comme un père et d'ailleurs parfois le mot m'échappe, je l'appelle "papa". 
Florin Nica et Mihai Serbanescu exposition du 17/06/14
A 18 ans c'est dur de quitter l'orphelinat et de se retrouver seul livré à sois-même.   Mihai Serbanescu, ce grand professeur dont les tableaux ont été exposés dans de nombreux pays a bien voulu continuer  à  me guider pour mes dessins."






Victor Nica et Nadine Delpech  chez Ulysse Anca O6/14
J'ai connu Florin en 2011. Il logeait dans les bâtiments de l'ancien pensionnat du Lycée de la ville.   Le directeur de l'établissement  avait permis  à 5 ou 6  jeunes adultes issus des orphelinats de loger en toute discrétion et gratuitement dans ces locaux inoccupés. Quelques arbustes les séparaient des élèves et professeurs qui ne regardent jamais de ce côté là du terrain. 2 univers si proches et qui s'ignorent.  Florin  avec  son petit Victor âgé alors de 3 ans occupait  2  chambres de 8 ou 9 mètres carré. Ils cuisinaient dehors sur un brasero installé dans le jardin devant la porte. Depuis an, la maman de Victor était partie "tenter sa chance" en Allemagne, les abandonnant tous deux sans plus donner de nouvelles...



Florin,  vivait misérablement mais pour rien au monde il ne se serait séparé de son fils.  Il n'avait pas trouvé d'autre travail que la récupération de bouteilles en plastique   qu'il revendait ensuite au poids à une usine. Habile dessinateur, l'été il améliorait beaucoup son ordinaire en vendant des portraits aux touristes de passage. A Noêl 2011, avec la vente  de ses tableaux, il avait offert un goûter et une petite fête aux enfants pauvres de son quartier. 
Ce qui est frappant c'est la façon remarquable dont ce jeune papa, de santé fragile,  se dévoue pour son petit Victor. Partout où il va, il l'emmène sur ses épaules, se privant parfois de manger  pour que Victor  ne souffre pas de leur condition et puisse avoir des petits jouets et des vêtements toujours corrects. Victor est heureux avec son papa. 
Sa région ne dispose pas d'association d'aide d'urgence or l'hiver dernier fût particulièrement  difficile pour Florin qui n'a pas pu vendre assez de tableaux. Victor venait d'entrer à l'école maternelle  ce qui lui assurait au moins quotidiennement un bon repas   et un goûter. 
Victor Emmanuel Nica 17/06/14
Et puis il y a eu  ce jour de trop où   le petit Victor est sorti de l'école en retirant discrètement  de sa poche quelque-chose qu'il a tendu à son père, lui disant  : "Tiens papa, j'ai fait semblant de manger mon goûter et je l'ai caché dans ma poche. C'est pour toi!  Moi à midi j'ai bien mangé, toi cela fait plusieurs jours que tu n'as plus rien à manger "  Ce geste a bouleversé Florin, l'amenant  à faire fi de son amour-propre pour en appeler à l'aide  d'un journaliste qui avait déjà publié  un article  sur son talent  d'artiste.  
 Dans le journal le journaliste rapporte les propos de Florin : "Je suis un artiste qui  n'arrive ni à vivre de son travail ni à trouver un autre emploi. Est-ce à un petit garçon de 5 ans de nourrir son père ? On vit dans un monde à l'envers.  Est-ce normal que malgré tous ses efforts  un père ne puisse garantir un bon  avenir à mon enfant?  Je ne veux pas qu'on me fasse l’aumône , je demande juste à trouver un travail.

Ce n'est pas un employeur que Florin a trouvé, mais des encouragements venus de toutes parts à commencer par ceux de  son  Maître Mihai Serbanescu. 
 Une famille de 12 enfants, disposant  d'une grande et confortable maison, a spontanément proposé  à Florin et Victor de venir partager leur foyer pendant quelques mois. Ulysse Anca et son épouse  m'ont reçue chez eux et j'ai été impressionnée par tout ce que ce couple et leurs beaux enfants bien élevés dégagent  de positif. Cette famille  exceptionnelle  est d'origine Rom. 
Victor avec Ulysse Anca   

5 mois plus tard, le 17 juin 2014, jour de l'anniversaire de Victor, Florin inaugurait son exposition à la bibliothèque de Targoviste. 



Victor souffle ses 6 bougies le jour choisi par son père pour le   vernissage 









Voir Reportage TV : http://www.columnatv.ro/tv/speranta-unui-artist/









Un tableau réalisé par Victor. les 3 personnages représentent : en premier plan son papa, puis lui-même et derrière, le petit garçon que sa maman a eu il y a 2 ans avec avec son nouveau compagnon.

Florin Nica, Danvid Anca, Nadine Delpech
Victor Emmanuel Nica






Texte  Nadine Delpech pour les adoptés de Roumanie.